Lorsque je vois paraître Les ombres du rivage Avec la brume qui m’enserre A même le sable Les couleurs atténuées De ton image instable Je me demande Si ton visage N’est pas un mirage
Cependant Les Boeings traversent Le ciel enrubanné Et rugissent Autant Que les lions d’Afrique…
Rome 5/04/1978
Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – Mirage Image générée par IA (intelligence artificielle)
Pendant des mois et peut-être même des années, alors que pourtant on voyageait ensemble en train — faisant partie d’une même brigade de navetteurs —, elle ne m’a jamais adressé la parole.
Un jour, hasard d’une grève sauvage et d’un retour conjoint en autocar, nous avons dialogué, seul à seule, pendant une heure, le temps du trajet.
Dès le lendemain, elle rétablit son mutisme dans le train : comme si, de nouveau, invisible ou transparent, je n’avais jamais existé.
Est-il nécessaire de méditer, pourtant ? Je n’en suis pas si sûr.
En suivant les deux perspectives envisagées par les philosophes grecs, ou bien le monde est immuable et donc à quoi bon méditer puisque rien ne bouge, ou bien le monde est un flux constant et donc il va changer de lui-même comme les titres des journaux télévisés non-stop.
La méditation permet-elle, au moins, de modeler soi-même et le monde ? (avec l’idée que « soi-même » et le « monde » ne feraient qu’un) ?
Pourtant, je persiste à penser que les changements en soi-même et dans le monde s’effectuent à travers les chocs de la vie, subis ou donnés, à voir et à vivre, par et dans le monde.
Les marins apprennent à naviguer et à se connaître à travers les éléments déchaînés des tempêtes et pas tellement sur une mer d’huile propice pourtant à un retour sur soi.
La méditation peut servir, aussi, d’alibi pour se retrancher du monde. Mais je concède que l’« activisme » forcené peut également se révéler stérile.
Tournai 20/10/2009
Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – En pleine tempête Image générée par IA (intelligence artificielle)
In illo tempore Mon père me parlait de l’au-delà En des termes empruntés à Dante Alighieri A l’Antiquité gréco-romaine Et à l’imagerie chrétienne Soutenus techniquement Par les derniers perfectionnements Du cinémascope
Après la mort les âmes des défunts — J’imaginais en fait les gens en chair et en os — Se rassemblaient debout Dans un endroit bondé Une sorte de hall de gare Et sur un écran géant Chacun pouvait regarder le mal Et le bien accomplis durant la vie écoulée Ensuite des listes de noms Apparaissaient sur des tableaux Indiquant le verdict et la destination
Il m’était facile d’imaginer A la manière des planches De la « Domenica del Corriere » Hitler ou Staline en enfer l’air absent Entourés de flammes et de démons En train de prendre D’interminables bains de sang.
Taintignies 23/06/1989
Illustration : Joachim Patinier, entre 1515 et 1524 – Paysage avec Charon traversant le Styx
Le développement de l’intelligence artificielle générative laisse entrevoir une vision de la langue se déployant comme un pur formalisme. Certes, la sémantique y joue un certain rôle en dressant des barrières artificielles, cependant le flux ainsi créé est basé sur des rapprochements statistiques associés à une nomenclaturisation de l’environnement physique et mental.
La réalité n’est-elle composée que de cela ? Peut-être. Cela rejoindrait l’hypothèse de l’illusion poétique et métaphysique.
Rumes 18/11/2025
Illustration : Francisco de Zurbarán, v. 1650 – Nature morte avec quatre vaisseaux
Les humains, une sorte de nanotechnologie, à l’échelle cosmique ? — Et si les cerveaux humains étaient des machines mises en œuvre pour effectuer plus vite ce que le pur hasard pourrait réaliser dans une durée indéterminée (comparaison entre l’œuvre de Shakespeare sortie tout droit du cerveau de l’écrivain et celle d’une armée de singes dactylographes tapant sur leurs claviers des textes aléatoires pouvant aboutir, un jour, au même résultat).
Bruxelles 12/07/2012
Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – Singes dactylographes Image générée par IA (intelligence artificielle)