Luna au plus noir de l’Œil-océan

Cher Guillaume,

Pour un neuvième jet, c’est une réussite. Félicitations. Ton talent de « conteur », déjà évident à travers les paroles de tes chansons, s’en trouve confirmé et même amplifié dans cette sorte de « drame musical » qu’est « Luna au plus noir de l’Œil-océan ».

J’ai voulu relire ton histoire avec un certain recul pour mieux m’en imprégner. Je t’écris ce billet sur base de mes notes de lecture. Ce sont des réflexions qui me sont venues au fur et à mesure. Elles t’apporteront, j’espère ce « retour » qu’on attend parfois/souvent/toujours d’un lecteur. Amitiés, Arcangelo.

1) Ce qui m’a frappé tout de suite, ce sont les réminiscences. Les grands classiques de la littérature et de la mythologie sont au Rendez-vous, avec une majuscule pourrait-on dire. Ainsi Alice et son monde merveilleux/farfelu, Vulcain dans sa forge souterraine.

2) L’ensemble apparaît très cinématographique, ou mieux de type dessin animé : cf. « l’océan de son œil droit » et splash !

3) Avec « Luna au plus noir de l’Œil-océan », nous sommes en pleine fantaisie, en pleine magie, en pleine réalité onirique, sinon quantique. L’histoire peut être perçue comme un cauchemar aussi.

4) Dante lui-même est présent, par le fil conducteur du voyage initiatique.

5) Au fil de la lecture surgit le monde des divinités souterraines, des êtres surnaturels. Viennent à l’esprit djinns, farfadets, trolls, génies familiers, gardiens des lieux secrets.

6) Le thème du bon génie et du viatique (la canne magique) viennent renforcer la puissance du parcours et sa fonction cathartique (clé de corail).

7) Des pouvoirs surnaturels sont en œuvre qui abolissent les conventions de la réalité (par ex. la canne qui fait courir à toute allure, sorte de pendant des bottes de sept lieues). Cet instrument a une fonction en rapport avec le temps (plutôt qu’avec l’espace) car si le « temps » n’existait pas le problème de la « durée » ne se poserait pas — c’est la signification du sens de l’ubiquité, l’espace n’étant plus alors qu’un seul point).

8) Le Cerbère, monstre mythologique et dantesque renvoie également aux antiquités égyptiennes. Le Cerbère est aussi un sphinx. L’énigme (inversée) posée par le passant (question/dévorons) renforce la complète sortie des schémas (des ornières ?) du réel connu.

9) Le Christ Alain forme une curieuse veine d’inspiration religieuse chrétienne dans ce trou noir où n’ont plus cours les règles communes. Le thème du salut (« baptisé ») renvoie à l’impérieuse nécessité de choisir, de prendre position, sous peine d’être damné (dévoré).

10) J’aime la belle utilisation de la forme verbale composite (j’avons, je te dévorons…).

11) Luna, l’innocence dressée devant le mal, le danger, l’oppression (le comte Morbe).

12) Ubiquité des « masques volants » : on dirait des photons.

13) L’ironie sarcastique, ici et là, renforce la dimension de farce, l’esprit « dessin animé ».

14) Mag et Ma : belle trouvaille de jeu de mots.

15) Le comte Morbe, « à la fois un géant, un ogre et un dragon » qui « crache du feu » me fait penser immanquablement à Mangiafuoco dans Pinocchio et à Polyphème (Luna rend aveugle le comte d’un œil, l’autre œil du comte est inutilisable car boursouflé). Ainsi, l’histoire de Luna navigue entre merveilleux et réalisme (Luna, sorte de nouvel Ulysse).

16) Le thème du « Bon géant » renvoie aussi à notre crainte devant des forces apparemment terrifiantes mais qui, une fois connues, peuvent se révéler non seulement pacifiques mais parfois, aussi, bénéfiques (cf. la nouvelle le K de Buzzati).

17) Le thème de la « clé » est évidemment central. C’est le principe de résolution. C’est elle qui permet d’ouvrir des portes donnant sur d’autres mondes. La clé qui peut enfermer mais peut permettre aussi de libérer. Ici, la libération qui s’effectue à travers le ventre lequel rappelle le cycle de la grossesse, le travail de l’enfantement.

18) Au total, l’histoire est un véritable condensé de symboles, mythes, fantasmes qui rassemble un éventail de registres. Celui-ci s’étend du puéril au religieux, du merveilleux aux frontières ultimes de la modernité. Ainsi, on retrouve en filigrane ou explicitement ces suggestions :

a) le marchand de sable (cf. Nounours, Pimprenelle et Nicolas) : le sable du sommeil

b) les films de science-fiction ou fantastiques : entrer dans des automates gigantesques

c) le Colosse de Rhodes, statue creuse (cf. fameux péplum de Sergio Leone)

d) la Baleine dans Pinocchio, encore (qui renvoie elle-même à la Baleine biblique)

e) réminiscences de Jules Verne dans le voyage au centre de la terre lorsque les héros reviennent à la surface grâce à la lave

f) le fait que l’histoire de Luna se déroule dans un milieu clos et ténébreux fait penser à certains jeux électroniques qui se déroulent dans des mondes souterrains formés de cavités, grottes, galeries

g) on pense aussi à « second life » (« dans l’autre monde »)

Le miracle final, de la vue recouvrée, achève l’histoire d’une manière quelque peu « édifiante », mais de bon aloi.

Rumes 18/01/2008

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – Plongeon dans l’Œil-océan
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Guillaume Duthoit est un auteur-compositeur-interprète et musicien belge
Il s’est impliqué dans plusieurs projets musicaux, notamment dans la formation folk Coïncidence et dans le groupe Thibor
Actif actuellement au sein du duo Oaka

« Luna au plus noir de l’Œil-océan »
Neuvième jet, octobre 2007 (récit en auto-édition)

In cima al ponte

Quando stavamo per arrivare
In cima al ponte che sovrastava la stazione
Io e mio fratello ci mettevamo a correre
Per giungere in tempo al passaggio di qualche treno
Proveniente da Lilla o dal vicino Belgio

Locomotive di allora sbuffanti di vapore
Che ci nascondeva al mondo per alcuni momenti

— « Quand’è che andremo in Italia ? » chiedevamo
— « Quando il fumo sarà perfettamente bianco ! »
Rispondeva sorridente nostro padre

Il fumo era sempre grigio nero quasi bianco.

Bruxelles 19/03/2010

Illustration : Pont du Tilleul (Tourcoing, France)

Paramètre et narration

Ah ! Me diras-tu, mais qu’as-tu fait pendant tous ces jours ? Et je ne pourrais te répondre raisonnablement. Car toute cette construction jadis impressionnante, tellement réelle, à portée de main, n’était qu’un rêve, une fiction si tu veux, rien d’autre et moi-même un paramètre et le réceptacle de cette narration.

Liège 18/10/2011

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – Fiction
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Chimères

Vision « alternative » de l’histoire qui verrait les mythologies et tous les récits à tonalité mythique comme des témoignages tardifs de civilisations avancées qui se seraient éteintes ou auraient été détruites dans des époques pré-historiques (Ah ! Réminiscences de l’Atlantide, du « Matin des Magiciens », de la revue « Planète » !).

Nous saisissons mieux aujourd’hui (à la lumière de nos travaux modernes sur les manipulations génétiques, par exemple) ce que pourraient signifier les chimères antiques : créatures fantastiques mêlant l’humain et l’animal, voire le végétal.

Certes, l’explication par association d’idées semble, à priori, la plus réaliste et la plus crédible : le centaure est la vision littéraire et idéalisée de l’homme faisant corps avec le cheval depuis peu domestiqué (moins 4000 avant notre ère).

Mais laissons néanmoins un petite lucarne ouverte : nous savons aussi que la réalité est une représentation à couches multiples, sorte de formidable emboîtement de poupées russes et qu’elle est capable de nous réserver quelques (dés)agréables surprises.

Rumes 16/02/2008

Illustration : Combat de centaures et de griffons (vers 1410-1412)

Bestiaire médiéval inspiré de la mythologie antique représenté dans le manuscrit enluminé « Voyages » (ou « Livre des merveilles du monde »)
Cet ouvrage avait été écrit (ou compilé) par Jean de Mandeville, vers 1356

Les centaures étaient des créatures hybrides de la mythologie grecque, composées d’un buste d’homme sur un corps de cheval

Les griffons étaient des créatures légendaires également hybrides,  issues des mythologies antiques (élamite, égyptienne, mésopotamienne, grecque, romaine) et médiévales.
On les représentait avec le corps d’un aigle greffé sur l’arrière d’un lion

Univers fini vs univers infini

Que l’on émette l’hypothèse d’un univers fini ou au contraire infini, on aboutit au même résultat : un existant itératif.

Eternel recommencement en raison du nombre fini de combinaisons de la matière ou agrégats répétitifs (localement) du fait du nombre infini de combinaisons de cette même matière !

Rumes 15/04/2016

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – Approche des similitudes
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Entre les parois

Ce soir
Entre les parois noires du voyage
Deux êtres par leur regard
Abolissent les cercles
De l’indifférence

Et aussitôt comme dans les vieilles fables
Apprennent à se connaître
De l’intérieur.

Ath/Leuze-en-Hainaut 20/03/1986

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2026 – Train de nuit en rase campagne
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Une vision plus réaliste

L’homme créé à partir de l’argile, dans la mythologie sumérienne et son plagiat la Bible, apparaît comme une symbolisation liée aux connaissances et techniques de l’époque.

Les Sumériens faisait un grand usage de l’argile (tablettes, poterie, briques).

Idem pour bien d’autres éléments des récits mythologiques (bibliques inclus).


L’« Eden » était un « jardin », et quoi de plus suggestif qu’un jardin arboré, parfumé et fleuri dans le « croissant fertile », en contraste avec le désert tout proche.

Les pécheurs promis au feu de l’enfer sont jetés dans les flammes de la Géhenne, c’est-à-dire dans la grande décharge — qui brûlait en permanence à ciel ouvert — de Jérusalem (un peu comme si aujourd’hui on se fixait de jeter les pécheurs dans les incinérateurs de traitement de déchets). Et ainsi de suite.

Il est bien évident que les récits prennent une toute autre apparence dès lors que les éléments qui les composent sont reliés aux éléments de la culture concrète, au milieu géographique ambiant, aux faits historiques quand cela est possible, aux significations et sens premiers linguistiques.

Alors, nombre de parties s’éclairent d’elles-mêmes, donnant une vision, il est vrai, plus terre-à-terre mais aussi plus réaliste et authentique et moins fantastique.

Bruxelles 24/05/2016

Illustration : Tablette administrative sumérienne d’époque archaïque, entre 2500 et 2350 avant notre ère (lieu de découverte : Tello, Irak)

Le site archéologique de Tello abrite les vestiges de l’ancienne cité sumérienne de Girsu

L’éternel dilemme

L’éternel dilemme américain, la fracture mentale d’une nation se sachant issue d’une rébellion contre l’Autorité et qui vise elle-même à instaurer un Empire universel !

Rumes 4/02/2012

Illustration : John Gast, vers 1872 – « American Progress »
Représentation allégorique de la « Destinée manifeste »

Apparue en 1845, cette idéologie prônait pour les États-Unis d’Amérique la mission divine d’étendre les lumières de la « civilisation » sur l’ensemble du continent nord-américain
Elle justifiait la guerre contre le Mexique et l’annexion du Texas

Outre l’expansion territoriale vers l’Ouest, cette doctrine, basée sur le concept de « peuple élu » par Dieu, a légitimé l’éviction et la destruction des populations autochtones amérindiennes

Revitalisée au cours du 20e siècle sous la déclinaison de l’« exceptionnalisme américain », l’idéologie de la « Destinée manifeste » sous-tend, encore de nos jours, l’interventionnisme des Etats-Unis d’Amérique dans le monde

Best wishes for 2026 !

I hope this message finds you well, dear readers of this site.

Whether you are occasional visitors or regular readers, I thank you sincerely for the attention you devote to its content. I wish you a happy—and above all, a peaceful—New Year 2026.

I would like to take this opportunity to remind you that my personal literary website, entitled “Trajectoire(s)”, was inaugurated in November 2021.

It serves as a non-commercial platform for the gradual presentation of my literary works and related creations, following—regardless of their dates of creation—a deliberately non-linear chronological order.

More than 350 texts have already been published online on the site.
Each text is accompanied by an illustrative image.

Over the course of these publications, I have also sought to enrich these works by making use of images generated through artificial intelligence.

This resolutely innovative approach opens up new perspectives in the reception of the texts, particularly with regard to their interpretation.

I warmly invite you to continue exploring the literary space “Trajectoire(s)”—in the hope that it will continue to arouse your interest—and I thank you in advance for any impressions, reflections, or comments you may wish to share.