S’il est un texte qui m’a révélé une voie poétique, c’est bien le poème « Pour vivre ici » de Paul Eluard :
J’ai fait un feu l’azur m’ayant abandonné…
Ce texte m’avait bouleversé, adolescent, par sa simplicité formelle, sa symbolique puissante, son cheminement vers l’essentiel.
Pendant très longtemps, ce poème m’a hanté et maintenant encore il continue à me dire quelque chose. Quelque chose qu’il est cependant difficile d’exprimer d’une manière « décodée ».
Car la poésie est un langage dans le langage et elle se joue des significations communes. La poésie ouvre sur un monde virtuel où l’intuition et les signes jouent un rôle démesuré, décisif, hors de proportion avec le « monde réel ».
Dans les poèmes, l’espace-temps est malmené et les liaisons s’effectuent par le biais de raccourcis.
Dans l’adolescence Vous étiez mon fruit préféré (Ma vie alors était toute inversée Telle qu’un devin me l’avait notifiée) J’étais en consonance avec votre saison naturelle Je vous ai délaissées lorsqu’est arrivé l’été.
Sost 16/08/2018
Illustration : Miguel Angel Nuñez, 2018 – Pommes vertes sur fond bleu
Je ne prétends pas être un « véritable » écrivain ni prolifique ni génial. Comme je l’ai déjà dit, mon écriture ce sont des notes que je prends tout au long de mon parcours. Mes impressions, comptes-rendus et réflexions témoignent de mon vécu. Pas d’orgueil. Moins encore de grandes ambitions. Quelques repères dans le flux des instants, des jours, des ans. A usage personnel avant tout. Car l’écriture est en premier lieu une confrontation avec soi-même, une mise au point, un état des lieux et des routes. Je ne suis pas un forcené de l’écriture. Et je n’aspire pas à des reconnaissances éclatantes. Le cas échéant, à une évaluation juste et vraie.
J’ai retrouvé, sur internet, l’image du château où, enfant, j’ai séjourné en colonie de vacances. C’était un château tout blanc et vraiment joli. Je garde le souvenir d’un édifice agréable, entouré de bois — qui, à l’époque, me paraissaient étendus — et situé au sommet d’une colline.
Les appels s’effectuaient devant le château. Les enfants étaient rassemblés par décuries. Nous mangions au rez-de-chaussée. On nous servait du jus de pomme à volonté comme boisson, que tout le monde appelait « cidre ».
En-deçà du plateau relativement étroit qui s’étendait devant le château, la pente descendait d’une manière assez raide. Légèrement en contrebas se dressait un énorme chêne. C’est sous cet arbre que nous nous réunissions avant le repas de midi, bien à l’ombre, pour entonner des chants en canon que nous apprenait le « grand chef ».
Nous dormions aux étages. Je me remémore les jeux, les feux de camps, la promenade dominicale jusqu’au centre du village, Saint-Rémy-sur-Avre, pour assister à l’office. Sur le chemin pour rejoindre l’église, nous devions passer sur un petit pont enjambant la rivière. L’eau était toujours claire. Nous assistions à la messe en bloc compact. J’ai le souvenir d’un vieillard, peut-être centenaire, également ponctuel à l’office, et portant un bicorne à la manière du 19e siècle.
Je suis retourné plusieurs années de suite dans cette colonie de vacances. J’aimais notamment les excursions que nous effectuions. Je garde le souvenir d’une promenade en bateau sur la Seine. Nous avions fait une halte à Château-Gaillard. Et puis nous avions rejoint Rouen. Station sur le lieu du supplice de Jeanne d’Arc. Nous avions aussi traversé à pied le pont de Tancarville.
Pendant toute la durée de mes séjours aux portes de la Normandie, j’ai eu droit à un régime personnalisé car je ne supportais pas les tartines beurrées. Des tartines à la confiture sans beurre étaient préparées tout spécialement à mon intention. Au cours de mes trois séjours, les cuisiniers ne se sont trompés qu’une seule fois.
Bruxelles 25/10/2007
Illustration : Le château de Saint-Rémy-sur-Avre
(Ayant été ravagé entretemps par un incendie, le château est, de nos jours, hélas, en ruines)
La torre straniante Di cui aveva parlato l’indovino Si ergeva in mezzo alla città E guardandola ne trassi una forza insigne
Le mura ruvide e i dintorni Del labirinto si appiattirono lentamente (Sequenza progressiva irreversibile) E nel fremito delle ali Mentre oramai sorvolavo l’isola e poi la striscia sottile gialla delle spiagge Mi nacque un sorriso
E mi diressi io Icaro Oltre la curva indivisa dell’oceano.
Taintignies 31/12/1988
Illustration : Raymond Daussy, 1948 – La fuite d’Icare
Quoi de plus fascinant que l’uchronie ? Cet exercice qui consiste à imaginer comment serait le monde si…
S’agit-il d’un simple jeu intellectuel, une sorte de flamboyante démonstration par l’absurde pour mieux retomber sur les pattes du politiquement correct ? Je ne le crois pas.
Et je serais même enclin, pour ma part, à affirmer que l’uchronie, avec ses composants manipulés de la réalité, constituerait l’intuition sinon la vision des univers parallèles prédits par certains philosophes, physiciens et cosmologues.
L’informatique nous a permis d’accéder à la réalité dite « virtuelle ». Or, nous savons qu’une fois immergés dans cette réalité, celle-ci devient tout autant réelle.
L’uchronie semble avoir un rapport assez évident avec la réalité virtuelle. La réalité virtuelle, de fait, apparaît comme un cheminement vers l’uchronie.
Rumes 4/01/2010
Illustration : Magazine « Collier’s », page de couverture du 27 octobre 1951 – Vision uchronique d’une troisième guerre mondiale : « Aperçu de la guerre que nous ne voulons pas. Défaite et occupation de la Russie, 1952-1960 »