Ah oui ! L’accordéon (2/2)

Mon professeur me donnait toujours l’impression d’un être désenchanté et soucieux, même s’il lui arrivait aussi de plaisanter. Sa femme se plaignait souvent d’avoir froid : il s’en moquait gentiment.

C’est lui qui m’a raconté qu’avant la seconde guerre mondiale, dans toute la zone frontalière (Tourcoing, Roubaix, Mouscron…), il y avait un café à chaque coin de rue et que tous les samedis c’était bal musette. Période d’or de l’accordéon. Il en parlait avec certaine nostalgie. Tout avait bien changé depuis. La grande salle de bal de Tourcoing, dans l’après-guerre, avait été convertie en Monoprix !

Mais il était dit que je ne serais devenu ni virtuose ni grand musicien ni même vraiment musicien puisque j’ai arrêté de jouer de l’accordéon vers la fin de l’adolescence.

Parfois, très exceptionnellement, j’en ai rejoué, à l’occasion de l’une ou l’autre fête où toute la famille et même des amis étaient réunis. Avec le sourire, mais sans grande conviction. « Comment ! Tu sais jouer de l’accordéon ?!? ».

Bruxelles 27/01/2016

Illustration : Archives familiales, 1985 – Arcangelo Petrantò en train de jouer de l’accordéon

Ah oui ! L’accordéon (1/2)

C’était décidé : j’allais apprendre à jouer de l’accordéon. Il fallait d’abord acheter un accordéon. Ce fut vite fait. Un accordéon chromatique de couleur vert pomme (de la marque Piermaria Nazzareno). Et une sacoche pour le transport de l’instrument. Un pupitre aussi : métallique, intégralement pliable, pratique, mais tout de même assez lourd au transport.

Pour préserver l’instrument de la poussière à la maison, ma mère réalisa une housse avec le restant de tissu qu’elle avait utilisé pour faire les rideaux de l’appartement. Elle cousit aussi une pochette en skaï pour les partitions. Je disposais de l’équipement réglementaire pour suivre les cours d’accordéon.

Monsieur Raymond Vanmeerhaeghe, mon professeur, m’accueillit avec douceur et sympathie. Il tenait aussi dans sa maison un magasin d’instruments : accordéons et bandonéons. Dans la rue de Menin à Tourcoing.

Les cours avaient lieu dans sa cuisine — ou arrière-cuisine (les maisons de rangée du Nord ont de ces enfilades de pièces qui vont en rétrécissant qu’on en perd le détail).

C’est ainsi que j’ai suivi pendant plusieurs années un apprentissage laborieux et sans passion.

Bruxelles 27/01/2016

Illustration : Raymond Vanmeerhaeghe (1914-1993)
Musicien, compositeur, éditeur et marchand d’instruments de musique

Nessuno sa

Nessuno sa chi abbia edificato queste scale
Esse sono talmente alte
Che l’architetto ha previsto delle sale
Per riposarsi ad intervalli

Solenni lapidi sulle pareti indicano
Certamente delle distanze
Ma a dir vero
Nessuno conosce i caratteri scolpiti
E meno ancora a quale lingua collegarli
Tuttavia le sale sono dipinte come si usava
Negli antichi palazzi italiani

Qualcuno pretende
Che al di fuori delle scale
Non ci sia niente
Io non lo credo
Altrimenti come sarebbero sorrette le scale
Qualche dubbio però rimane

Dai rari lucernari
Traspare una luce indecifrabile

Veramente sarei propenso a credere persino
Che le scale non siano altro
Che una costruzione mentale
Una vite senza fine
Qualche nastro di Möbius
Ma non vorrei soprattutto
Spaventare i miei compagni

Intanto proseguiamo
La nostra ascensione
Con più ardore da quando
Uno di noi ha affermato
Basandosi su certi calcoli
Che potremmo raggiungere
Entro pochi giorni
Mete insospettate.

Bruxelles 16/01/1992

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Nessuno sa (Personne ne sait)
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Les poireaux

Dans les marchés et supérettes
Votre tenue blanche et verte
(Douce et discrète)
Rassérène et vous entraîne
Vers sacs et cabas d’où
Vous dépassez avec pittoresque
Votre zèle n’a pas de mesure
Vous êtes prêts à vous couper en quatre
Pour complaire et faire la fête
Dans les casseroles marmites et cocottes.

Bruxelles 5/11/2018

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Poireaux qui dépassent d’un sac à provisions
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Vie antérieure ?

Fatale distraction ? Réappropriation d’un titre que j’aurais porté dans une vie antérieure ? Acte d’affirmation ? Désir de grandeur ?

Lors de l’obtention de mon premier passeport, alors que j’étais jeune adolescent, j’ai signé dans l’emplacement réservé au Consul !

Tournai 8/01/2016

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Consul romain (représentation d’inspiration mosaïque)
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Un million de kilomètres

Déplacement sur Bruxelles par voie ferrée, aujourd’hui. D’étranges impressions m’animent, maintenant que je ne prends plus le train journellement…

Et dire que, sur base d’une rapide estimation, j’ai parcouru par ma navette quotidienne, tout au long de ma vie professionnelle, pas moins d’un million de kilomètres…

Tournai, 6/06/2018

Illustration : Armand Jean Heins, v. 1886 – Premier train de Bruxelles à Malines en 1835 (détail)

Un bouddhisme romain ?

Aurait-il pu exister un bouddhisme romain ? Je pense que cela aurait pu être possible. A travers une fusion de la philosophie stoïcienne et de la philosophie bouddhiste.

La vision naturaliste et d’immersion dans l’ordre cosmique du stoïcisme aurait pu s’entremêler avec les considérations bouddhiques d’un monde illusoire et tourbillonnant.

Les valeurs de compassion et de probité, l’invitation à se détacher des passions et des désirs, les préceptes d’entraide et de modération, auraient pu servir de liens entre ces deux doctrines de sagesse.

Il faudrait aussi prendre en considération le fait que le stoïcisme est postérieur à l’enseignement de Bouddha (tout comme le christianisme, d’ailleurs).

Stoïcisme et christianisme apparaissent, de fait, comme le témoignage d’une influence sinon d’une propagation d’éléments bouddhiques au Moyen Orient et en Extrême-Occident.

Tournai 2/03/2016

Illustration : Effigie du Bouddha historique Siddharta Gautama Sakyamuni (qui signifie « le sage du clan des Sakya »), v. 3e siècle
Art « gréco-bouddhique » du Gandhara

Quand la nuit se profile

Quand la nuit se profile
Maléfique et magnifique
Ballottée entre les jours
Gris et rouges de la vie
Je crains le sombre maladif
Des âmes perdues de l’au-delà

L’antique néant apparaît
Dans ma mémoire étrange
Et les formes limpides
De la Grèce illuminée
Illuminent mon esprit
De lueurs séculaires

Pendant mille ans
J’ai vécu solitaire
Par-delà le bien et
Par-delà le mal
Dans mon île magique
Aux reflets singuliers
Où les dieux crachent le feu
Quand leur colère fulmine

Je vis maintenant
Dans le rêve de la vie
Bruits du jour
Et nuits fascinantes
Pleins de pensées furibondes
Idées métalliques
Et obscures couleurs.

Tourcoing 13/10/1969

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Le dieu Héphaïstos (Vulcain) dans sa forge sous l’Etna
Image générée par IA (intelligence artificielle)