
Una volta chiusi i fascicoli
Non resta che la sorte
Avviluppata nelle statistiche
Ma oltre i numeri ci sono i visi
Vale a dire il proprio slancio
Le sensazioni il feeling.
Tournai 12/12/1996
Illustration : Chiffres

Una volta chiusi i fascicoli
Non resta che la sorte
Avviluppata nelle statistiche
Ma oltre i numeri ci sono i visi
Vale a dire il proprio slancio
Le sensazioni il feeling.
Tournai 12/12/1996
Illustration : Chiffres

Chlorophylle
La pelouse enserre
Dans le périmètre rectangle
Le paroxysme de ses milliers d’extensions
Trèfle bizarre
Un séchoir se ramifie
Contre le ciel
En une géométrie losange
Elle a fini là sa course
Une balle d’enfant
Egrène des rêves étoilés
Zoom
Des fourmis familières
S’affairent près des dalles carrées.
Antoing 22/10/1979
Illustration : Pelouse

Tous les dimanches après-midi nous allions en famille au cinéma dans la ville frontalière de Mouscron, précisément dans le quartier du Mont-à-Leux. Bien sûr, aucun loup ne rôdait plus dans ces lieux depuis bien longtemps.
Le cinéma était alors une distraction éminemment populaire et les salles obscures étaient bondées. Des strapontins, en bout de rangées, permettaient néanmoins à quelques spectateurs surnuméraires de pouvoir s’asseoir (dans un relatif inconfort, mais c’était mieux que rester debout comme cela arrivait régulièrement en attendant qu’une place se libère).
Il y avait trois cinémas au Mont-à-Leux, répartis dans un mouchoir de poche : le Capri, juste à la frontière, l’Eldorado, dans une rue transversale, et le Scala qui comportait en outre un dancing.
Avant d’arriver à la frontière, nous courions, mon frère et moi — à peine était-elle en vue — vers une maison qui exposait à l’une de ses fenêtres une affiche du film principal programmé dans l’un de ces trois cinémas. C’était l’âge d’or des péplums italiens. Que nous appelions les « films de Romains ».
Parfois (exceptionnellement), dans ces cinémas, on passait un film en version originale italienne (sous-titré, bien sûr, en français et sans doute aussi en flamand). Je me souviens encore de la réplique d’un serviteur (dans un film qui n’était pas un péplum). Il venait, dans une scène, dire à ses maîtres : « Per causa della tempesta il ponticino è crollato e le carrozze restano bloccate ! ».
Bruxelles 16/12/2015
Illustration : Affiche du film « Hercule à la conquête de l’Atlantide » péplum franco-italien réalisé par Vittorio Cottafavi (1961)

Lorsque, pour la première fois, adolescent, j’ai lu « Le bilan de l’Histoire » de René Grousset, j’en suis resté émerveillé. Synthèse brillante, fluidité dans l’expression, écriture claire et précise.
Il y a des livres qui apportent de l’énergie, qui dispensent un fluide vital. C’est le cas de ce livre, en ce qui me concerne. Chaque fois que je le relis, j’y trouve un bonheur diffus, une irradiante allégresse.
Il est évident qu’à travers les objets et les œuvres d’arts qui nous plaisent, les ouvrages qui nous transportent, les personnages qui nous sont chers, transparaissent et se renforcent notre « étoffe », nos aspirations, en un mot notre être.
Lorsque j’eus acquis une vision plus rapprochée du profil biographique de René Grousset, je compris d’autant mieux la puissance de mon attrait pour la personnalité du grand historien orientaliste.
René Grousset avait suivi un parcours « atypique ». Il ne fut pas un universitaire, au sens académique du terme et avait été en butte à une certaine condescendance voire hostilité des historiens professionnels.
Ils lui reprochaient, en quelques sorte, de marcher sur leurs plates-bandes alors qu’il n’était qu’un « fonctionnaire des Beaux-Arts » (il fut conservateur aux musées Cernuschi et Guimet), d’ignorer les langues orientales (il ne connaissait ni le chinois, ni le persan, ni l’arabe), de ne pas s’inscrire dans une vision « progressiste » (marxiste) de l’histoire (il défendait de profondes convictions catholiques).
Et pourtant, les livres qu’il a écrits sont devenus des ouvrages de référence pour la connaissance des cultures asiatiques (notamment concernant l’histoire de la Chine, l’histoire des guerriers nomades, l’histoire de l’art). Il a été universellement reconnu et a été reçu à l’Académie française en 1946.
La chute des idéologies qui prétendaient expliquer les ressorts des hommes uniquement par le déterminisme économique et social rend le parcours intellectuel et la vision humaniste de René Grousset d’autant plus actuels.
Dans ses ouvrages, le grand historien soulignait le rôle central des mentalités, de la volonté, des passions dans les enchaînements historiques. Toute son œuvre a été bâtie à partir d’une vision intuitive et empathique des faits, reconstitués magistralement grâce à une érudition profonde, à de solides références, à une connaissance empirique des œuvres d’art.
Sans doute, à travers mon admiration pour René Grousset avais-je trouvé un modèle idéal pour y fondre mon propre parcours irrégulier (scolaire, professionnel, littéraire).
Lorsque, voici quelques années, j’ai visité, à plusieurs reprises, le Musée Guimet, dans les salles rénovées, à travers les sourires des bouddhas khmers, j’ai tâché de capter la présence en filigrane de l’illustre historien de l’Orient.
Rumes 3/02/2008
Illustration : René Grousset (1885-1952)

Gli angeli della mia guerra
Stavano in piedi ad osservare
E tacevano mentre balbettavo
Sillabe poi mai ripudiate
Nella città scurita inseguivo
Il nemico più inafferrabile
E tremavo ogni sera nell’apprendere
La mia disfatta inarrestabile
Nemmeno le statue enfatiche potevano
Distrarmi da questa densità folgorante.
Bruxelles 30/06/1987
Illustration : Luce Balla (1904-1994) – Durante l’oscuramento

La Poésie qui se débat
Dans les marécages du langage
Attend au jour le jour
Quelque improbable sauveur
Mi-Tarzan
Mi-Capitaine Fracasse…
Mouscron 6/10/1978
Illustration : Abraham Bosse, 1630 – Le Capitaine Fracasse (personnage de la « Commedia dell’Arte »)

Assis sur le bord du monde
Je contemple en silence
Rouages ressorts vis et boulons
Qui soutiennent le monde
Tout au loin d’autres mondes
Qui reflètent d’autres rouages
Engrenages poulies et chaînons
En un jeu de miroirs savants
Illuminés tous ces mondes
Par d’innombrables lampions
Et tout cela (moi-même y compris
Assis sur le bord du monde)
Reflété par les synapses
De mon imagination
Pure illusion ?
Rumes 8/09/2022
Illustration : Vision artistique de la Terre plate

Détruire les vieux cahiers
Les pages imprimées
Et tout ce qui ressemble
A une feuille écrite
Les rangées de livres
Dans les bibliothèques
Sont peut-être les barreaux
D’une invisible prison.
Tourcoing 11/11/1976
Illustration : Etienne-Louis Boullée, 1786 – Second projet de Bibliothèque royale (Paris, France)

La luce appiattita brulicante
Esibiva il suo fascino e ci sfuggiva
Le nostre mani graffiavano
Quell’abisso innalzato
Noi vermi arrampicati alle pareti
Nella scalata verso l’ignoto
Invalicabile destino.
Bruxelles 17/03/1988
Illustration : Grimpeurs sur une paroi rocheuse
(pour Michel Westrade)

Tu as quitté ta maison
Pour une guerre lointaine
Qui t’a conduit
Je ne sais où
Ne savais-tu pas
Que l’Escaut était hanté
Par des sirènes ?
Tu avais lu Homère pourtant !
Rumes, 31/12/2016
Illustration : Arcangelo Petrantò, 2008 – Michel Westrade (1950-2016)