Pique-nique

Souvenir d’un moment insouciant et merveilleux, celui d’un pique-nique de plusieurs familles italiennes dans un terrain vague près des appartements où nous logions.
Mon oncle Gaétan prends des photos. Dans l’une d’entre elles que j’ai retrouvée, je suis accroupi et ne regarde pas l’objectif. Il y a un voisin guitariste et un autre qui joue de l’harmonica. Mon père est en train de chanter.
Je remarque dans la photo qu’il porte une cravate, même pendant ce moment de détente. Ce devait être un dimanche. A l’époque on travaillait aussi le samedi.
A l’arrière-plan, l’image floue de ma grand-mère Margherita.

Bruxelles 8/01/2016

Illustration : Archives familiales, fin des années 1950, pique-nique

A Malanu

L’azione si svolge a Lilla, nel nord della Francia, fine anni sessanta.

Io, mio padre e mio fratello siamo venuti ad accogliere alla stazione ferroviaria uno zio proveniente dalla Sicilia.
L’arrivo è previsto di mattina.

Il treno giunge alla stazione ma nessuno zio in vista.
Il flusso della gente che scende dalle vetture e poi si disperde.
Rimaniamo un po’ perplessi.
Quando dall’altra punta della stazione giunge gridato a mio padre con voce stentorea :
« To fra’… lu vitti… a Malanu !!.. ».

Lo zio aveva sbagliato treno e anziché seguire la via più ovvia transitando dalla Svizzera (con il « Calais-Bâle ») era partito in direzione di Torino, Modane e quindi Lione, Parigi…

Arrivò lo stesso lo zio a Lilla ma di sera e mio padre era incazzato.
Dovemmo fare quel giorno un po’ di turismo forzato.

Rumes 15/10/2008

Illustration : Gare de Lille-Flandres, dans les années 1960

(Le bouchon de lavabo)

Clé de voûte attitrée
Je soutiens des liquides
O mon travail d’Hercule intermittent

A travers les volumes fluides
Transparents j’aperçois doigts
Mains et bras familiers
Et visages s’approchant
Nudités rasoirs portemanteaux brosses à dents
(On me crache aussi dessus
Pour me provoquer ?)
Et les savonnettes putains disposées
A caresser toutes les peaux

Puis ma vision devient opaque
La cécité me frappe
Je perds tout contact

Lorsque soudain proférant
De sourds grognements l’eau souillée
S’enfuit sous moi comme honteuse
Poursuivant un destin souterrain précipité.

Bruxelles 25/06/1991

Illustration : Joseph Farrelly – Jeune femme au lavabo (Girl at the sink)

On donne à l’écriture

On donne à l’écriture une valeur démesurée. En fait, elle est dérisoire. C’est l’effort de vouloir fixer le mouvement de la vie : gestes, séquences, perceptions… C’est aussi une manière de vouloir la dupliquer. L’écriture a donc une fonction mémorielle mais également exemplaire. Dans les deux cas c’est toujours une construction, susceptible, comme toutes les constructions, d’être manipulée ou de mentir. Finalement, une fois passée par ce crible, il ne reste, de l’écriture, que la dimension esthétique dont la perception peut d’ailleurs varier au fil du temps.

Rumes 19/01/2019

Illustration : Manuscrit de L’infinito de Giacomo Leopardi, 1819
L’œuvre fait partie des Idilli

Amitié franco-allemande

Voyage en Allemagne, il y a quelques années. Propos anodins échangés avec un vieux jardinier.

« — D’où venez-vous ?
— Du nord de la France
— Ach ! Je connais bien votre région. Je l’ai survolée avec un bombardier en mai 1940 ! »

Léger flottement. Une fraction d’instant.

Délices du tourisme aérien d’antan.

Bruxelles 29/11/2007

Illustration : Bombardiers « Stukas » survolant la France, 1940

(Piazza San Pietro)

Colonnati che avete udito mio padre
Oggi mi ritrovo davanti
Al vostro lieve rigore
E mi pare che lo spazio dilaghi

Non fuggiaschi né pellegrini
Ma emigranti eravamo
Ed era d’estate

Quante speranze in quegli anni
Quanta tenacia quanti palpiti

Mitica appariva l’Italia
E possenti le antiche statue

(A Roma si sostava per alcune ore
Prima di tornare oltr’Alpi
Ed avevo quindici anni).

Roma 11/04/1991
Bruxelles 29/06/1992

Illustration : Gian Lorenzo Bernini (dit Le Bernin), 1656-1667 – Colonnades de la Place Saint-Pierre, Rome

De son cheval bondissant

De son cheval bondissant
Et hirsute
Le cavalier blanc
Menaçant et brandissant
Les attributs de la discorde

Des corbeaux sont venus se poser
Sur les corps qui dorment peut-être

Les arbres ne voyant personne

Et les nuages marrons
Parcouraient la plaine.

Antoing 25/04/1981

Illustration : Le Douanier Rousseau (Henri Rousseau, dit), 1894 – La Guerre ou la Chevauchée de la discorde