Jean-René Huguenin

Je viens de terminer la lecture de « La côte sauvage » de Jean-René Huguenin (publié en 1960). Cet auteur avait accompagné mon adolescence avec son « Journal ».

C’est toute une dimension de ma vie qui a resurgi à cette occasion. Une adolescence d’apparence rayonnante, sûre d’elle-même, volontiers polémiste et provocante mais en fait radicalement meurtrie, submergée et « aphone ».

Le « Journal », remarquable, m’avait aidé à structurer une conception « littéraire » de l’existence. Ce livre fut pour moi, d’une certaine manière, un modèle et d’autant plus prégnant que l’auteur était mort accidentellement à l’âge de 26 ans : Jean-René Huguenin m’était proche non par la génération (il était né en 1936) mais par son âge à jamais arrêté. Il figurait comme un grand frère.

Dans le souvenir que j’en ai gardé, dans son « Journal » il était dur. Avec les autres et avec lui-même. Est-ce par un effet miroir que je l’appréciais ? Parce que j’étais intransigeant moi-même ?

Curieusement, je n’avais pas éprouvé le besoin de lire « La côte sauvage » à cette époque. Etait-ce le pur hasard, des ressorts secrets ou une intuition mystérieuse qui avaient élevé une sorte de barrière virtuelle ? Je ne saurais le dire.

Dans la lecture, aujourd’hui, de ce roman je reconnais dans le personnage d’Olivier Aldrouze un certain profil féroce de l’auteur du « Journal ».

Mais « La côte sauvage » a une dimension qui me répugne dans sa relation suggestive de l’inceste. Et même s’il n’y a pas à proprement parler d’inceste, on y trouve cependant cette dimension malsaine et lancinante.

La lecture au temps de mon adolescence m’aurait certainement blessé. Le livre est beau et fluide. Le livre est bien écrit. Mais il en émane un rayonnement qui rend mal à l’aise.

Bruxelles 31/05/2006

Illustration : Jean-René Huguenin (1936-1962)

Régénération

Des piles de livres, pour le moment, s’élèvent un peu partout dans la maison, surtout dans le couloir et le séjour. Réaménagement de la bibliothèque. Nouveaux meubles.

Nouvelle disposition en perspective. Livres accumulés au fil des ans. Livres d’études. Livres reçus. Livres achetés neufs ou d’occasion. Livres jamais rendus.

J’en ouvre un au hasard, consacré à Amiens, capitale de la Picardie et je lis :
« Saint Martin chy divisa sen mantel
En l’an trois cent, adjoutez trente-sept »
.

Les cartons dans lesquels j’avais commencé à ranger les livres sont nettement insuffisants. Les livres à cette occasion se réapproprient leur origine.

Les piles de livres dans la maison forment une petite forêt domestique.

Rumes 5/12/2007

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Petite forêt domestique »
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Clessidra

Io che sono sempre stato preciso, attento, comprensivo, talvolta mi sorprendo a voler ribaltare questi atteggiamenti.

Non per mero sperimentalismo. Nemmeno per finta curiosità. E decisamente no per « cambio della maschera ».

Constato con certa sorpesa che la sabbia di questa clessidra sia giunta a termine e che occorra capovolgere la clessidra.

Bruxelles 15/05/2008

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Sablier »
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Le syndrome des fêtes de fin d’années

Encore une fois, le syndrome des fêtes de fin d’années s’est ponctuellement manifesté avec ses souhaits pour l’année à venir : bonnes résolutions ou bonnes résignations ?

Rumes fin décembre 2007

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Résolutions ou résignations ? »
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Plus loin le monde

(Plus loin le monde a-t-il
Un autre sens courir
Pour attraper ce qui danse
Pour retenir les seuls
Regards qui comptent)

Le foulard lassé d’images
En a plein le dos
Des couleurs constantes
Et bien qu’ondulant
Sur des épaules larges
S’éloigne s’éloigne s’éloigne.

Bruxelles 14/12/1990

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Le foulard s’éloigne »
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Sismografo ambiguo

Ma la letteratura (ovvero più precisamente la scrittura) non è stata per me soltanto puro svago. È stata anche una scuola di conoscenza di sé, una specie di sismografo dell’animo.

Ma in modo saltuario, discontinuo. E con valore spesso ambiguo. Perché le parole danno l’impressione di poter trasformare tramite esse la realtà, danno l’illusione della forza demiurgica. Simile ad una formula magica.

La letteratura però, fungendo da riflettore, modifica la visione e la percezione delle cose. Aggiunge o sottrae colori.

Rumes 16/02/2008

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Sismographe »
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Images artificielles

Créer des images par IA (intelligence artificielle) va devenir aussi banal que prendre des photos avec un appareil photographique.

De même que la photographie a démocratisé l’art pictural, en le rendant automatique (et plus encore récemment avec la photo numérique), l’IA va permettre à quiconque de réaliser des compositions iconographiques.

Bien sûr, les algorithmes y seront pour quelque chose dans la qualité des rendus créatifs. Un peu comme jadis et aujourd’hui la qualité du matériel photographique (réflex, zoom, matériel et logiciels de traitement d’images, etc.).

L’IA générative est un outil. C’est le hardware de l’imagination. Mais le résultat au final sera provoqué par celui qui est aux commandes du projet créatif, comme le photographe qui choisi le matériel, le sujet, l’angle de prise de vue, le moment propice, etc.

Le reste est affaire de conjoncture et de liaisons singulières, comportant même, par la dimension aléatoire une part de « magie ». Car chaque image créée sera unique.

Rumes 13/07/2023

Illustration : Nicéphore Niépce, 1826 ou 1827 – « Vue de la fenêtre depuis la propriété du Gras à Saint-Loup-de-Varennes »

La photographie représente une vue de la cour de la propriété de campagne de Niépce, située en Saône-et-Loire (France)
Cette image est considérée comme la première photographie réussie (stable) et préservée
L’exposition a duré huit heures environ ; le déplacement du soleil d’est en ouest donne l’impression qu’il brille des deux côtés du bâtiment

J’ai mis en route le lave-vaisselle

J’ai mis en route le lave-vaisselle
Et j’entends déjà
Le ronronnement de l’appareil
Le ruissellement de l’eau
La cuisine est ordonnée
La table nette
L’Astuce est assise sur le tas
De revues près de la fenêtre
Par-delà les vitres le vert
Diffus des arbres de la haie de l’herbe
Ô cuisine lieu ultime
De recueillement
Bientôt j’éplucherai
Carottes et pommes de terre
Trancherai poireaux et oignons
Est-ce moins noble que parcourir internet ?

Rumes 24/01/2018

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Scène de cuisine »
Image générée par IA (intelligence artificielle)

Rêve

Neuf cents et demi
Le papillon blanc
A chaque papillon blanc
Que je leur apportais
Ils me remettaient
Neuf cents et demi.

Tourcoing 18/07/1968

Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Papillons blancs »
Image générée par IA (intelligence artificielle)