Assis sur le bord du monde

Assis sur le bord du monde
Je contemple en silence
Rouages ressorts vis et boulons
Qui soutiennent le monde
Tout au loin d’autres mondes
Qui reflètent d’autres rouages
Engrenages poulies et chaînons
En un jeu de miroirs savants
Illuminés tous ces mondes
Par d’innombrables lampions

Et tout cela (moi-même y compris
Assis sur le bord du monde)
Reflété par les synapses
De mon imagination

Pure illusion ?

Rumes 8/09/2022

Illustration : Vision artistique de la Terre plate

Autodafé

Détruire les vieux cahiers
Les pages imprimées
Et tout ce qui ressemble
A une feuille écrite

Les rangées de livres
Dans les bibliothèques
Sont peut-être les barreaux
D’une invisible prison.

Tourcoing 11/11/1976

Illustration : Etienne-Louis Boullée, 1786 – Second projet de Bibliothèque royale (Paris, France)

Fuir ! Là-bas fuir ! disait-il en proie au délire

Fuir ! Là-bas fuir ! disait-il en proie au délire
Pourtant retenu ici par l’ennui
Qu’y avait-il tout au bout du large
Sinon l’abîme
Quels îlots fertiles
Quelles femmes aux seins lourds
Quel exotisme de pacotille
Oui partir ! Véloce comme Achille
A la poursuite d’inaccessibles buts
C’est ici pourtant qu’il faut vivre
Dans le fracas muet des jours
Même les tempêtes les plus terribles
Prennent des airs d’insignifiants zéphyrs
Et la tortue nonchalamment
Poursuit sa route.

Namur 16/02/2018

Illustration : Polynésie française, carte postale, début du 20e siècle – Nini et Taitua (femmes tahitiennes)

Reality show

Dans la rue.
La femme était vraiment fâchée :
« Va te faire foutre ! »
L’homme n’était pas moins énervé :
« Espèce de conasse ! Pétasse ! »

Cela a continué ainsi un certain temps.
Tout au long de l’échange, je ne suis jamais parvenu à comprendre ce qui les avait excédés (j’ai même eu l’impression, un moment, qu’ils s’insultaient d’une manière codifiée, presque chevaleresque).

Ils sont repartis ensemble tout en continuant de s’injurier.

Rumes 28/12/2007

Illustration : Tournoi de Sorelois, 15e siècle
(Source : Bibliothèque nationale de France, Paris, France)

Je ne prétends pas être un poète

Je ne prétends pas être un poète. Je rôde aux frontières de la poésie et de la matière poétique. Mais je n’ai du poète ni la gravité ni la fantaisie. Encore moins la prétentieuse manie de vouloir accéder à « autre chose », à des degrés.

Les textes que j’écris sont plutôt des formes de complaisance vis-à-vis de mon intellect et de mon histoire (explicite et intime). Ma « poésie », en quelque sorte, n’est que ma « putain de service ».

Taintignies 12/11/1987

Illustration : Maison close

« Studio 64 »

Mon oncle Gaétan arriva, ce jour-là, tout enthousiaste chez nous. Il avait appris qu’un concours de musique, avec des prix à la clé, allait se dérouler dans une des écoles de la ville.
Il convainc mon père que je dois participer à ce concours avec son fils. Rectificatif : pas nécessaire de convaincre mon père, cela allait de soi.

Le temps de sangler mon accordéon dans une sacoche et me voilà embarqué dans la Renault Dauphine.
Direction l’école en question. Pour la circonstance, la grande pièce où se déroulait le concours avait été baptisée « Studio 64 ».

Affluence bon enfant des fancy-fairs d’antan, sans smartphones, sans selfies, sans Facebook et sans jeux vidéos.

Une estrade, c’est notre tour. Face au public et au jury. On installe les pupitres, on sort nos partitions de chansons populaires. Nous concourrons, en duo, mon cousin Angelo Gallo et moi, dans la section « instrumental », lui avec son accordéon rouge, moi avec mon accordéon vert.
La prestation se passe plutôt bien. Applaudissements.

Il fallut attendre au soir la proclamation des résultats. Vive satisfaction des parents : nous avions gagné le premier prix. Nature de la gratification remise aux jeunes héros ? A chacun un pyjama !

Bruxelles 25/01/2016

Illustration : Le « Studio 64 » installé dans l’école des frères à Tourcoing (France), 1964 (photo Nord Eclair)