
Il suffirait d’une fluctuation.
Sans date (avant 14/02/2006)

Il suffirait d’une fluctuation.
Sans date (avant 14/02/2006)

D’abord cracher vomir extirper
Ce qui était envenimé
Abolir la souffrance insidieuse
Ensuite reprendre à pleines mains
Le présent saisir l’intense
Me réapproprier la mesure des mondes
Restaurer la conscience
Enfin rendre claires les images
Que j’énonce transformer les menaces
Et l’angoisse même en vastes orages bienfaisants.
Taintignies 4/08/1989

Souvenir d’un moment insouciant et merveilleux, celui d’un pique-nique de plusieurs familles italiennes dans un terrain vague près des appartements où nous logions.
Mon oncle Gaétan prends des photos. Dans l’une d’entre elles que j’ai retrouvée, je suis accroupi et ne regarde pas l’objectif. Il y a un voisin guitariste et un autre qui joue de l’harmonica. Mon père est en train de chanter.
Je remarque dans la photo qu’il porte une cravate, même pendant ce moment de détente. Ce devait être un dimanche. A l’époque on travaillait aussi le samedi.
A l’arrière-plan, l’image floue de ma grand-mère Margherita.
Bruxelles 8/01/2016
Illustration : Archives familiales, fin des années 1950, pique-nique

L’azione si svolge a Lilla, nel nord della Francia, fine anni sessanta.
Io, mio padre e mio fratello siamo venuti ad accogliere alla stazione ferroviaria uno zio proveniente dalla Sicilia.
L’arrivo è previsto di mattina.
Il treno giunge alla stazione ma nessuno zio in vista.
Il flusso della gente che scende dalle vetture e poi si disperde.
Rimaniamo un po’ perplessi.
Quando dall’altra punta della stazione giunge gridato a mio padre con voce stentorea :
« To fra’… lu vitti… a Malanu !!.. ».
Lo zio aveva sbagliato treno e anziché seguire la via più ovvia transitando dalla Svizzera (con il « Calais-Bâle ») era partito in direzione di Torino, Modane e quindi Lione, Parigi…
Arrivò lo stesso lo zio a Lilla ma di sera e mio padre era incazzato.
Dovemmo fare quel giorno un po’ di turismo forzato.
Rumes 15/10/2008
Illustration : Gare de Lille-Flandres, dans les années 1960

Clé de voûte attitrée
Je soutiens des liquides
O mon travail d’Hercule intermittent
A travers les volumes fluides
Transparents j’aperçois doigts
Mains et bras familiers
Et visages s’approchant
Nudités rasoirs portemanteaux brosses à dents
(On me crache aussi dessus
Pour me provoquer ?)
Et les savonnettes putains disposées
A caresser toutes les peaux
Puis ma vision devient opaque
La cécité me frappe
Je perds tout contact
Lorsque soudain proférant
De sourds grognements l’eau souillée
S’enfuit sous moi comme honteuse
Poursuivant un destin souterrain précipité.
Bruxelles 25/06/1991
Illustration : Joseph Farrelly – Jeune femme au lavabo (Girl at the sink)

On donne à l’écriture une valeur démesurée. En fait, elle est dérisoire. C’est l’effort de vouloir fixer le mouvement de la vie : gestes, séquences, perceptions… C’est aussi une manière de vouloir la dupliquer. L’écriture a donc une fonction mémorielle mais également exemplaire. Dans les deux cas c’est toujours une construction, susceptible, comme toutes les constructions, d’être manipulée ou de mentir. Finalement, une fois passée par ce crible, il ne reste, de l’écriture, que la dimension esthétique dont la perception peut d’ailleurs varier au fil du temps.
Rumes 19/01/2019
Illustration : Manuscrit de L’infinito de Giacomo Leopardi, 1819
L’œuvre fait partie des Idilli

Voyage en Allemagne, il y a quelques années. Propos anodins échangés avec un vieux jardinier.
« — D’où venez-vous ?
— Du nord de la France
— Ach ! Je connais bien votre région. Je l’ai survolée avec un bombardier en mai 1940 ! »
Léger flottement. Une fraction d’instant.
Délices du tourisme aérien d’antan.
Bruxelles 29/11/2007
Illustration : Bombardiers « Stukas » survolant la France, 1940

Colonnati che avete udito mio padre
Oggi mi ritrovo davanti
Al vostro lieve rigore
E mi pare che lo spazio dilaghi
Non fuggiaschi né pellegrini
Ma emigranti eravamo
Ed era d’estate
Quante speranze in quegli anni
Quanta tenacia quanti palpiti
Mitica appariva l’Italia
E possenti le antiche statue
(A Roma si sostava per alcune ore
Prima di tornare oltr’Alpi
Ed avevo quindici anni).
Roma 11/04/1991
Bruxelles 29/06/1992
Illustration : Gian Lorenzo Bernini (dit Le Bernin), 1656-1667 – Colonnades de la Place Saint-Pierre, Rome

De son cheval bondissant
Et hirsute
Le cavalier blanc
Menaçant et brandissant
Les attributs de la discorde
Des corbeaux sont venus se poser
Sur les corps qui dorment peut-être
Les arbres ne voyant personne
Et les nuages marrons
Parcouraient la plaine.
Antoing 25/04/1981
Illustration : Le Douanier Rousseau (Henri Rousseau, dit), 1894 – La Guerre ou la Chevauchée de la discorde

Cerises qui égayez tables et jardins
Apportez aussi dans mon cœur
Vos reflets brillants et rieurs
Votre souvenir retentira encore
Dans les matins de frimas
Coloriant de rouge
Tranches de pain et placards.
Sost 28/08/2018
Illustration : Gérard Fally – Cerises