Avec sa taille haute

Avec sa taille haute
Et sa tête quasi chauve
Il inspirait à ses élèves
Une crainte sans pareille

Dans sa classe réputée austère
La mappemonde rendait
L’atmosphère encore plus pesante

En parlant de Rome et de la Gaule
Il nous montrait des photos de Glanum en Provence

Le souvenir de ‘40
Etait vivant à fleur de peau

Lorsque des cancres
Incisaient leur table de croix gammées
Ils étaient durement réprimandés

Les garnements se vengeaient du maître
En allant pisser sur son auto.

Tournai 18/08/1985

Illustration : Site gallo-romain de Glanum dans l’actuelle commune de Saint-Rémy-de-Provence (France)

Il giovane favoloso

Que dire du film de Mario Martone, « Il giovane favoloso » (que j’ai déjà revu plusieurs fois) ? Exceptionnel, intimiste, crédible.
Il rend compte avec réalisme et sensibilité de la vie de Giacomo Leopardi. Depuis sa bibliothèque-prison d’enfant prodige jusqu’à sa retraite napolitaine marquée par l’éruption du Vésuve, depuis la vision idyllique de l’enfance (noble et insouciante) jusqu’à sa vie ultérieure marquée par la déchéance physique et l’absence d’un amour véritable.
Le film rend bien la relation complexe avec le père et le milieu familial provincial et étouffant.
Au fur et à mesure que Leopardi se recroqueville, nous assistons à son calvaire et cruel destin. Physiquement, il devient, en dépit de son esprit ou peut-être justement à cause de lui, complètement dérisoire. Il a beau écrire des textes sublimes, c’est une sorte de gnome. Un pur esprit emprisonné dans un corps difforme.

Tournai 19/01/2016

Illustration : Mario Martone, 2014  – « Il giovane favoloso » (photogramme tiré du film), avec Elio Germano dans le rôle de Giacomo Leopardi

Je suis une paillette (dit-elle)

— Je suis une paillette (dit-elle)
La gloire de ce tableau vivant
Une merveille et plus encore
Et pourtant même si je brille
D’un éclat parfait j’aspire parfois
A moins d’apparat
Mais comment faire
Sans m’humilier ?
Que deviendra la scène sans moi
Est-ce qu’encore on me regardera ?

Bruxelles 3/12/2010

Illustration : Dana Chirpac – Femme blonde avec poussière de paillettes

Italie du Sud années ‘60

Les femmes, toutes de noir vêtues, insufflaient au quotidien une dimension tragique. Cette omniprésence du deuil faisait d’autant plus ressortir cependant les couleurs brutes. Le rouge vif de la sauce tomate et des pastèques, le bleu intense de la mer et du ciel, le jaune cru de l’astre solaire, le vert apaisant des vignes et des vergers.

C’était l’époque de la transition entre le monde ancien et celui de la « modernité », ces années charnières dont parlait Pasolini dans son poème « Io sono una forza del Passato ». Rien n’avait vraiment changé depuis l’Antiquité et tout commençait à être bouleversé irréversiblement.

On était au début de la motorisation généralisée. Vespas et petites voitures utilitaires commençaient à se faufiler dans les ruelles étroites des villages. Mais un état d’esprit de frugalité et de sobriété continuait de régner. Une simplicité dans les mœurs, une authenticité enracinée.

Cette Italie du Sud-là renvoyait des images d’absolu, d’éternité. Paradis des photographies contrastées. Toutes les femmes habillées de couleur corbeau contribuaient ainsi au triomphe momentané de la photo en noir et blanc.

Rumes 24/01/2008

Illustration : Archives familiales, seconde moitié des années 1960 – Femmes siciliennes