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  • « Afrique je te tiens ! »

    « Afrique je te tiens ! »
    S’était écrié César
    Surprenant et les augures
    Et ses soldats
    (Après être tombé sur la plage
    Il s’était relevé avec
    Dans sa main
    Une poignée de sable)

    Où pourrais-je donc trouver ma plage
    Pour renverser le destin
    Par la suggestion d’une phrase ?
    (Les mots ont parfois plus de poids
    Que les décisions brutales
    Des assemblées de l’Olympe).

    Bruxelles 18/03/1998

    Illustration : Buste en marbre de Jules César (Musée archéologique national de Naples, Italie)
    L’épisode mettant en scène César est tiré de Suétone (« Vie des douze Césars », Jules César, 59)

  • Nihil novi sub sole

    Curieuse coïncidence. Lorsqu’on visualise, dans un document Word, les caractères cachés, l’on constate qu’entre chaque mot vient s’insérer un point à mi-hauteur des lettres (il s’agit de la visualisation codée de l’espace, en fait).

    Exactement comme faisaient les Etrusques, il y a de cela quelques milliers d’années, pour séparer chaque mot.
    Mais les points des Etrusques n’étaient pas virtuels et composés de pixels sur un écran mais bien gravés, par exemple sur des blocs de tuf.

    Les supports et les siècles passent, les langues se succèdent, les analogies restent. Rien de nouveau sous le soleil.

    Dans une photo datant de 1955 et intitulée « L’arrivée », le photographe Roger Anthoine (lequel a illustré par de magnifiques images la venue en Belgique des travailleurs italiens de l’Après-guerre) cadre une valise en carton posée sur le quai d’une gare. La valise est entourée d’une ficelle. Sur la valise est écrit en lettres majuscules le nom du propriétaire : MASTROCOLA.ROCCO.DI.VINCENZO.

    Avec un point entre chaque mot. Exactement comme dans les adresses électroniques actuelles.

    Rumes 3/03/2008

    Illustration : Roger Anthoine, 1955 – « L’arrivée »

  • All’opposto degli altri

    All’opposto degli altri
    Non abbiamo voluto
    Guardare in alto
    Ci sembrava buffa
    Quella maniera
    Comoda di sistemare
    Il male o bene che sia

    Così ci siam tuffati
    Nel pozzo costellato
    I cui fianchi vanno
    Allargandosi verso
    Insospettati confini

    E voi a lungo sull’orlo
    Della fontana terrificante
    Ci avete seguiti.

    Taintignies 17/04/1989

    Illustration : Randy Scott Slavin – « Big sur » (California, USA)

  • Moi le sable je l’ai amoncelé

    Moi le sable je l’ai amoncelé
    Et puis j’ai laissé le vent l’emporter
    Mon signal inscrit dans chaque grain de sable
    Ainsi s’est dispersé mon reflet.

    entre Tournai et Ottignies 1/04/2019

    Illustration : Florian Clément, 2016 – Tempête de sable sur la dune du Pilat (Bassin d’Arcachon, France)

  • Toutes les chimères

    Toutes les chimères
    Je les ai jetées dans
    La machine à déchiqueter
    Visages images
    Circonvolutions
    Les pointillés du hasard
    Qui ne conduisent nulle part
    Les ricanements des actions
    Jamais escomptées
    Les intentions parfaites
    Les blessures secrètes

    La déchiqueteuse a tout avalé.

    Tournai 15/07/2010

    Illustration : Broyeur déchiqueteur industriel

  • L’ail

    Assurément
    Par ton goût âcre et vif
    Tu as mauvaise presse
    (En dépit de tes multiples atouts)
    Mais que tu sois blanc rose ou violet
    Je t’aime protège-moi je te prie
    Dissuade autour de moi
    Mauvais œil vampires zombies
    Mais aussi amoureuses importunes.

    Rumes 31/10/2018

    Illustration : Sandrine Verdier, 2010 – Têtes et gousses d’ail

  • Ieri le ho chiesto

    Ieri le ho chiesto :
    — « Che ora è ? »
    — « Il sole è abbastanza alto »
    La sua risposta

    Io che richiedevo
    Precisione micrometrica
    Puntigliosa perfetta
    Cosa ne potevo fare
    Di questa misura
    Approssimata ?

    Forse era un test ?

    Tournai 2/05/2016

    Illustration : Cadran solaire

  • Les trois règles de la politesse française

    Les trois règles de la politesse française : bonjour, s’il vous plaît, merci. Régulièrement, mon père nous les faisait réciter. Et il souriait en nous entendant prononcer cette trilogie.

    Tournai 30/01/2015

    Illustration : A. Delcroix – « La politesse en images »

  • Pirandello

    Assisté à la représentation (réussie) de « Six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello au théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles.

    Cette pièce, centrée sur l’autonomie des personnages par rapport à l’auteur — une fois qu’ils ont été créés — et en même temps sur leur nécessaire et invariante destinée, est bien représentative de l’état d’esprit de Pirandello.

    Elle aborde (certes d’une manière quelque peu intellectualisante) le thème central de toute son œuvre : le problème de l’identité. Et par conséquent du jeu (théâtral ou social, c’est idem) de l’illusion, de la vérité, de la fiction que tout un chacun anime. Pour tout dire, de la folie et de la raison.

    Pirandello n’avait qu’à puiser autour de lui pour exprimer cette réflexion : lui qui est né dans un lieu-dit appelé Chaos (lequel symbolise mieux que tout autre mot l’absence de repères) ; près d’une ville qui a changé de nom (Girgenti est devenue Agrigente en 1929, sous Mussolini) ; dans cette terre sicilienne des Grecs qui avaient voulu démythifier les Dieux et la Nature elle-même (c’est-à-dire leur enlever le masque de l’apparence) ; qui a vécu avec une femme devenue folle.

    Lui, originaire d’une Sicile qui a été, tout au long de son histoire, un territoire de frontière (et l’on sait que dans ces territoires critiques les problèmes identitaires sont exacerbés), relié à un pays aussi où la Mafia constituait déjà une puissance régissant d’une manière occulte la vie des gens, organisation dont l’existence est niée, parfois, par les Siciliens eux-mêmes.

    Rumes 19/01/2008

    Illustration : Massimo Tuzio, 2019 – Statue de Luigi Pirandello (Capriate San Gervasio, Italie)

  • Elise et Flavia s’étaient perdues

    Elise et Flavia s’étaient perdues
    En s’avançant entre les tiges
    Du champs de maïs voisin

    « En continuant à marcher tout droit »
    Dit avec assurance Flavia
    « On arrivera au bout du champ
    Et alors on rentrera à la maison »

    Flavia au doux nom romain
    Expérimenta ce jour-là d’un coup
    La maîtrise de soi
    Le pouvoir de conviction
    Et les dimensions finies des surfaces
    Des actions et du temps.

    Rumes 31/08/1999

    Illustration : champ de maïs