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  • Improbable sauveur

    La Poésie qui se débat
    Dans les marécages du langage
    Attend au jour le jour
    Quelque improbable sauveur
    Mi-Tarzan
    Mi-Capitaine Fracasse…

    Mouscron 6/10/1978

    Illustration : Abraham Bosse, 1630 – Le Capitaine Fracasse (personnage de la « Commedia dell’Arte »)

  • Assis sur le bord du monde

    Assis sur le bord du monde
    Je contemple en silence
    Rouages ressorts vis et boulons
    Qui soutiennent le monde
    Tout au loin d’autres mondes
    Qui reflètent d’autres rouages
    Engrenages poulies et chaînons
    En un jeu de miroirs savants
    Illuminés tous ces mondes
    Par d’innombrables lampions

    Et tout cela (moi-même y compris
    Assis sur le bord du monde)
    Reflété par les synapses
    De mon imagination

    Pure illusion ?

    Rumes 8/09/2022

    Illustration : Vision artistique de la Terre plate

  • Autodafé

    Détruire les vieux cahiers
    Les pages imprimées
    Et tout ce qui ressemble
    A une feuille écrite

    Les rangées de livres
    Dans les bibliothèques
    Sont peut-être les barreaux
    D’une invisible prison.

    Tourcoing 11/11/1976

    Illustration : Etienne-Louis Boullée, 1786 – Second projet de Bibliothèque royale (Paris, France)

  • La luce appiattita brulicante

    La luce appiattita brulicante
    Esibiva il suo fascino e ci sfuggiva
    Le nostre mani graffiavano
    Quell’abisso innalzato
    Noi vermi arrampicati alle pareti
    Nella scalata verso l’ignoto
    Invalicabile destino.

    Bruxelles 17/03/1988

    Illustration : Grimpeurs sur une paroi rocheuse

  • Tu as quitté ta maison

    (pour Michel Westrade)

    Tu as quitté ta maison
    Pour une guerre lointaine
    Qui t’a conduit
    Je ne sais où
    Ne savais-tu pas
    Que l’Escaut était hanté
    Par des sirènes ?
    Tu avais lu Homère pourtant !

    Rumes, 31/12/2016

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2008 – Michel Westrade (1950-2016)

  • Fuir ! Là-bas fuir ! disait-il en proie au délire

    Fuir ! Là-bas fuir ! disait-il en proie au délire
    Pourtant retenu ici par l’ennui
    Qu’y avait-il tout au bout du large
    Sinon l’abîme
    Quels îlots fertiles
    Quelles femmes aux seins lourds
    Quel exotisme de pacotille
    Oui partir ! Véloce comme Achille
    A la poursuite d’inaccessibles buts
    C’est ici pourtant qu’il faut vivre
    Dans le fracas muet des jours
    Même les tempêtes les plus terribles
    Prennent des airs d’insignifiants zéphyrs
    Et la tortue nonchalamment
    Poursuit sa route.

    Namur 16/02/2018

    Illustration : Polynésie française, carte postale, début du 20e siècle – Nini et Taitua (femmes tahitiennes)

  • Reality show

    Dans la rue.
    La femme était vraiment fâchée :
    « Va te faire foutre ! »
    L’homme n’était pas moins énervé :
    « Espèce de conasse ! Pétasse ! »

    Cela a continué ainsi un certain temps.
    Tout au long de l’échange, je ne suis jamais parvenu à comprendre ce qui les avait excédés (j’ai même eu l’impression, un moment, qu’ils s’insultaient d’une manière codifiée, presque chevaleresque).

    Ils sont repartis ensemble tout en continuant de s’injurier.

    Rumes 28/12/2007

    Illustration : Tournoi de Sorelois, 15e siècle
    (Source : Bibliothèque nationale de France, Paris, France)

  • Il cuore riprenderà a battere intenso

    Quale sortilegio m’inganna
    In mezzo a questa nebbia
    Che già sta abolendo il mio corpo
    E la mia essenza

    Camminare senza meta
    Per ritrovare se stesso

    Il cuore riprenderà a battere intenso
    Appena il sole avrà riscattato
    L’anima da quel sottile tormento.

    Bruxelles 28/09/1986

    Illustration : Paysage dans la brume

  • Je ne prétends pas être un poète

    Je ne prétends pas être un poète. Je rôde aux frontières de la poésie et de la matière poétique. Mais je n’ai du poète ni la gravité ni la fantaisie. Encore moins la prétentieuse manie de vouloir accéder à « autre chose », à des degrés.

    Les textes que j’écris sont plutôt des formes de complaisance vis-à-vis de mon intellect et de mon histoire (explicite et intime). Ma « poésie », en quelque sorte, n’est que ma « putain de service ».

    Taintignies 12/11/1987

    Illustration : Maison close

  • « Studio 64 »

    Mon oncle Gaétan arriva, ce jour-là, tout enthousiaste chez nous. Il avait appris qu’un concours de musique, avec des prix à la clé, allait se dérouler dans une des écoles de la ville.
    Il convainc mon père que je dois participer à ce concours avec son fils. Rectificatif : pas nécessaire de convaincre mon père, cela allait de soi.

    Le temps de sangler mon accordéon dans une sacoche et me voilà embarqué dans la Renault Dauphine.
    Direction l’école en question. Pour la circonstance, la grande pièce où se déroulait le concours avait été baptisée « Studio 64 ».

    Affluence bon enfant des fancy-fairs d’antan, sans smartphones, sans selfies, sans Facebook et sans jeux vidéos.

    Une estrade, c’est notre tour. Face au public et au jury. On installe les pupitres, on sort nos partitions de chansons populaires. Nous concourrons, en duo, mon cousin Angelo Gallo et moi, dans la section « instrumental », lui avec son accordéon rouge, moi avec mon accordéon vert.
    La prestation se passe plutôt bien. Applaudissements.

    Il fallut attendre au soir la proclamation des résultats. Vive satisfaction des parents : nous avions gagné le premier prix. Nature de la gratification remise aux jeunes héros ? A chacun un pyjama !

    Bruxelles 25/01/2016

    Illustration : Le « Studio 64 » installé dans l’école des frères à Tourcoing (France), 1964 (photo Nord Eclair)