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Avec mes pattes de ciron

Avec mes pattes de ciron
Comment pourrais-je parcourir le monde
Si ce n’est sur le dos des hommes en avion
A moins de mettre au point des manipulations
Susceptibles de réduire le monde
A mes raisonnables dimensions.Bruxelles 21/04/1993
Illustration : Ciron au microscope électronique (taille 0,5 à 1 mm)
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C’était le triomphe de l’œil magique

L’imposant meuble-radio Schneider Bolero 57, surmonté d’une platine tourne-disques, trônait dans l’appartement. Le soir, de la grande baie vitrée parvenait le reflet atténué de l’éclairage public et de la clarté lunaire.
Dans cette pénombre bénéfique, j’allumais le poste de radio. Installé dans un fauteuil, je parcourais doucement, avec le sélecteur, le cadran sur lequel figuraient le nom d’une soixantaine de stations. Voici Paris, London, Moskva, Praha, Monte Ceneri, Lisboa, Roma…
Alors, j’explorais le monde par l’oreille. Ondes courtes accompagnées parfois de sons étranges, de mélodies irréelles, de rebonds mystérieux, de chevauchement de voix insaisissables…
C’était le triomphe de l’œil magique, voyant qui indiquait la qualité de réception. Œil vert fascinant, d’une intensité merveilleuse.
L’arrivée, plus tard, de la télévision et du transistor ne chassa pas la radio de la maison. Suivant l’esprit du temps — la Russie soviétique et l’Amérique de la libre entreprise ayant proclamé la cohabitation atomique — la télé et la radio coexisteront pacifiquement et durablement dans l’appartement.Tournai 9/02/2016
Illustration : Meuble-radio Schneider Bolero 57
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Giocavo con la volta celeste

Giocavo con la volta celeste
Riproducendo talor nel pensiero
La Notte
Ma con un’aria disinvolta
Nascevano così nuovissime costellazioni
Quasi giocassi a dadi con le stelle.Antoing 10/10/1980
Illustration : Ciel étoilé
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Le prof de gym et la prof de musique

Cette année-là, le prof de gym ressemblait à une sorte d’Hercule en training (survêtement comme on disait alors, incontournablement bleu marine). Une masse impressionnante de muscles et doté d’une voix de stentor. Par ailleurs, champion du Nord (de la France) au lancement du poids ou peut-être du disque.
Ce prof rudoyait ses élèves et se comportait parfois en véritable brute : de toutes ses forces déployées, il envoyait régulièrement un ballon, par surprise, sur la tête, la nuque, le dos des élèves distraits situés à l’autre bout de la cour. Sans doute considérait-il cela comme une forme d’entraînement pour le championnat. Le malheureux qui recevait ce bolide se retrouvait sonné pour un bon moment. Cela m’est arrivé une ou deux fois.
Ce monsieur Hulk recyclé dans l’enseignement témoignait beaucoup d’attention envers la prof de musique de l’établissement.
Cette prof de musique était petite et particulièrement frêle. A côté de l’ogre du lycée, elle paraissait presque insignifiante. Lorsqu’il arrivait à cette prof de traverser la cour, elle venait parler longuement au colosse. Interminables discussions pendant que les élèves continuaient quelque partie de hand-ball.
La prof semblait vraiment intéressée par l’imposante carcasse de son collègue. Elle restait devant lui comme subjuguée, ébahie.
Le prof de gym avait une manie : il ne pouvait s’empêcher de sautiller (à la manière des boxeurs) tout en jouant avec l’élastique de son pantalon de training. Il élargissait ainsi son pantalon littéralement au nez de son interlocutrice.
Les élèves assistaient, amusés, à ce petit manège en observant les yeux de la prof de musique en train de plonger par-delà l’élastique.Tournai 25/06/2008
Illustration : Lanceur de poids
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J’avais invoqué Saint Antoine

J’avais invoqué Saint Antoine
Vénus et même le Vautour
Mais aucun n’a répondu
Saint Antoine est resté de bois
Sur son piédestal de stuc
Vénus n’est pas sortie de son bain
Et le Vautour a continué
De tournoyer au loin
Complètement aveugle et sourd.Lanslebourg 1/09/2009
Illustration : Jean-Baptiste Camille Corot, entre 1873 et 1874 – Vénus au bain
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Quiétude

Autour de moi, les gens semblent parfaitement tranquilles, calmes, parlent doucement.
A l’extérieur, les paysages m’apparaissent comme lisses, sans accrocs : collines boisées circonscrites, sillons qui ondulent, prairies.
Je laisse les couleurs tamisées m’envahir.
Les maisons disséminées forment, discrètes, les balises de ma géographie.Bruxelles 3/07/2008
Illustration : Paysage
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Allora il destino si ferma

Allora il destino si ferma
Un istante un solo istante
Persino gli angeli sospendono il fiato
Lo sguardo acuto di chi sa
Che deve colpire il bersaglio
Forzare il corso del destino sdoppiato.Tournai 2/06/2009
Illustration : Lucia Lamberti, 2005 – Tiro a segno (Tir à la cible)
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Ce long détournement de la vie

1
Ce long détournement de la vie
Que n’a cessé d’impulser le passé
2
Comme si d’irréversibles décisions primordiales
Poursuivaient avec ténacité
Un défi parfaitement ordonné
3
Renoncer à l’innocence
Et fuir — toujours l’exil
Hors des enceintes dévolues
Rarissimes
4
Et puis finir par dissoudre le sophisme cruel ?Taintignies 28/08/1987
Illustration : Edvard Munch, 1895 – Clair de Lune
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Les textes poétiques qui parsèment ma vie

Les textes poétiques qui parsèment ma vie (mes bouts de papier) ressemblent aux petits cailloux semés par le Petit Poucet… Comme si j’avais été animé, depuis l’adolescence, par le besoin de marquer ponctuellement ma flèche du temps. Pour esquiver aussi l’angoisse de me perdre, par une géolocalisation à intervalles réguliers…
Bruxelles 22/06/2016
Illustration : Julie Faulques, 2016 – Le Petit Poucet (conte de Charles Perrault, 1697)
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Ce nuage tout en longueur

Ce nuage tout en longueur
Effilé gris-blanc reflétant
Par-dessous le soleil levant
Il avance
Mais d’une manière soutenue
Tel un sous-marin
Glissant dans son élément
Devant mes yeux il passe
Indifférent silencieux
Bientôt il est déjà loin
Tout dédié à rejoindre l’horizon.Tournai 18/11/2009
Illustration : Nuage long