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  • Bruyante brigade

    Voyage, l’autre soir, en compagnie d’une bruyante brigade d’apprenties coiffeuses de retour d’un examen pratique chez L’Oréal, à Bruxelles.

    Presque submergé par la matière sonore. Ça criaille, ça bouge, voix aiguëes, suraiguëes, sonneries de Gsm, tumulte.

    On se croirait presque un samedi matin dans une piscine communale.

    Elles parlent des examinateurs, l’un plus sévère, l’autre pas, de coloration et de coiffures (bien sûr), de leurs petits copains.

    Informations capitales que je retiens : la plupart des clientes ne connaissent pas la couleur de leurs cheveux et quand elles laissent carte blanche à la coiffeuse (« faites comme vous voulez »), elles sont bien souvent mécontentes des résultats — trop noir, trop clair, trop court, etc.

    Bruxelles 12/11/2007

    Illustration : Publicité L’Oréal (Paris), 1966 – « Grey Charm » (détail)

  • L’Imposteur je le connais peu

    L’Imposteur je le connais peu
    C’est un chat bicolore
    Qui vient traîner parfois dans le jardin
    Il ne craint pas de s’approcher
    Jusque devant les fenêtres
    Comment le reconnaître
    Une large bande blanche
    Traverse son noir flanc droit
    L’Imposteur ainsi l’avais-je dénommé
    Car confondu plusieurs fois
    Avec l’Astuce mon chat familier
    Au pelage noir et blanc idem.

    Rumes 5/05/2020

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2022 – L’Imposteur

  • L’avion de la Hinthial Air Line

    L’avion de la Hinthial Air Line
    Prit son envol à 8h24
    (Rien à signaler pendant la traversée)
    L’atterrissage s’effectua
    A 15h47 comme prévu

    Mais à l’arrivée
    L’équipage et les passagers
    Avaient disparu

    Après une enquête minutieuse
    On découvrit l’ignoble vérité :
    L’avion était carnassier.

    Bruxelles 23/05/1991

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2020 – Traînée de condensation d’avion, Parc des Cinq Rocs, Calonne (Belgique)

  • (Ancora di salvataggio)

    — Non sapevo che tu
    Fossi ingrassata così tanto

    — Dà una sensazione strana sai
    Sprofondare in un manto di grasso

    — Mi raccomando
    Non annegarti

    — Nulla da temere
    L’anima resterà sempre a galla.

    Bruxelles 7/04/1998

    Illustration : Fernando Botero, 1987 – Femme en train de fumer une cigarette

  • Bibliothèque « privée »

    Le Centre culturel de Tourcoing avait été réactivé après une période de léthargie.

    Pour l’occasion, on avait invité quelques jeunes étrangers présents dans la ville, notamment une Camerounaise… et deux Siciliens : Angelo Gallo, mon cousin, et moi-même.

    Evidemment, un journaliste (en l’occurrence de « La voix du Nord ») était venu faire une photo de l’évènement local et avait écrit un bref article pour l’une des éditions des jours suivants.

    Un dialogue interculturel avant l’heure. Du moins dans les intentions. Bien sûr, cela n’a duré que ce que durent les roses, le temps de quelques rencontres, mais j’ai gardé de ces échanges le goût du dialogue, de la découverte de l’autre.

    Exit ce candide exotisme, je me pris d’affection pour la bibliothèque du lieu. Non pas tant pour les livres dont la plupart n’étaient pas récents mais surtout pour l’environnement.

    Car je me rendis compte assez rapidement que peu de gens (pour ne pas dire personne) fréquentaient cette bibliothèque.

    Le cadre me convenait, j’en fis ma salle d’étude privée — je pouvais même consulter sur place diverses revues auxquelles le Centre était abonné, notamment les fameux magazines américains « Time » et « Life ».

    La pièce était assez spacieuse sans être pour autant démesurée. Bien éclairée et bien chauffée, elle disposait de chaises et d’une grande table. J’y établis mes quartiers. C’était parfait.

    C’est ainsi que pendant toute la durée de mes études secondaires, la bibliothèque du Centre culturel est devenue ma deuxième maison. Là, j’ai fait nombres de devoirs scolaires, j’ai élaboré des projets, j’ai composé des textes poétiques.

    C’était ma retraite secrète, l’endroit où je pouvais me ressourcer. Une solitude bénéfique.

    Bruxelles 1/02/2016

    Illustration : Magazine « LIFE », page de couverture du 4 mars 1966

  • Moi aussi je m’attendais

    Moi aussi je m’attendais
    A des rencontres éclatantes
    Des voyages étranges
    Des hasards merveilleux et improbables

    Mais hélas !
    Je n’ai parlé qu’à des personnes banales
    Et mes destinations figuraient
    Dans les catalogues des agences de voyages

    Comme une purée de pois
    M’enveloppaient des cercles grisâtres

    Et mes propres fantasmes passaient
    Au-dessus de ma tête comme des nuages

    Par deux fois j’ai connu l’humiliation
    D’avoir été knock-down et j’ai entendu
    Distinctement l’arbitre compter
    « Seven, eight, nine »

    Mais par deux fois j’ai reconnu
    Le fil d’Ariane.

    Tournai 4/05/2004

    Illustration : Crispijn van de Passe, 1602-1607 – Thésée et Ariane et le labyrinthe du Minotaure

  • Avec leur mimétisme inattendu

    Avec leur mimétisme inattendu
    A même les aspérités
    Intérieures du corps
    Que faut-il de plus
    Pour appréhender la peur ?

    Etre fort
    C’est reconnaître
    La nature oppressante
    Du réel généré par l’exil

    A travers la conscience
    Entr’ouverte à peine
    S’enfuient les serpents
    Amers lancinants et cruels.

    Taintignies 26/03/1983

    Illustration : Guido Mocafico, 2007 – « Serpens »

  • (Dedicato alle donne afgane)

    Ci hanno detto il mondo è buio
    E per questo è meglio chiuderlo
    Non sappiamo quanto sia buio
    Per noi è chiuso e buio

    Ci aggiriamo per il mondo misero
    Con un recinto che portiamo addosso
    Sappiamo che il mondo è misero

    Vediamo il mondo
    Attraverso un finestrino
    Il mondo nostro prigioniero
    Che trasciniamo ogni momento
    Altrove le nostre sorelle
    Dicono che il mondo è bello.

    Tournai 16/06/1998

    Illustration : Steve Evans, 2005 – Femmes afghanes portant la burqa

  • Le casello du zio Carmelo – 5/5

    En compagnie de mon frère Santo, j’ai revu le casello il y a de cela quelques années. Mais quelle affreuse déception que cette dernière vision ! La magie des lieux s’en était envolée…

    L’accès à la maison était devenu plus difficile, en raison des barrières de sécurité continues bordant la route nationale. Et d’ailleurs, le sentier qui de la route menait en contrebas avait disparu.

    Le site entier avait maintenant une triste apparence.

    Les lignes ferroviaires avaient été électrifiées si bien que la vue apaisante qui avait fait le charme de l’endroit avait été défigurée par les caténaires et les poteaux.

    En outre, la cour située devant le casello avait servi de décharge pour le surplus de terre à l’occasion des travaux d’électrification.

    Sur ce monticule avaient poussé des arbustes qui s’élevaient désormais à hauteur de la maison et formant devant elle une tache verte énorme — aussi volumineuse que la maison.

    Cette représentation corrompue d’un lieu autrefois merveilleux tout le monde peut encore aujourd’hui le constater de visu. Pas besoin de bouger. Il suffit d’un ordinateur et de Google Street View…

    Bruxelles 9/12/2015

    Illustration : Capture d’image Google Street View, 2022 (prise de vue Google : 2021), le « Casello ferroviario Calì », Canicattì (Sicile), de nos jours

  • Le casello du zio Carmelo – 4/5

    Nombre d’années après, je suis retourné visiter le casello avec quelques cousins. Une sorte de pèlerinage laïc ! Bien sûr, au terme de son service, mon oncle avait quitté la maison, si bien que n’étant plus gardée ni entretenue, elle avait été partiellement pillée.

    Quoique tristement abandonnée à son sort, elle se dressait encore, fière gardienne de la séparation des voies. Elle inspirait le respect et dans ma tête elle résonnait toujours de l’animation qui avait régné jadis en ces lieux. Pour garder le souvenir de cette visite, je fis, à cette occasion, un petit film super 8 (durée trois minutes).

    Mais cette incursion groupée au casello, figurant une sorte de patrimoine matériel et immatériel « familial », avait servi aussi de prétexte pour aller cueillir des « babbaluci » (petits escargots) qui grimpaient le long des tiges dans un terrain voisin où ces bestioles se rassemblaient en grand nombre.

    Il faisait très chaud et en passant devant un puits perdu au beau milieu de la campagne, on demanda au paysan qui se trouvait à proximité l’autorisation de boire. Nous nous désaltérâmes. De retour en ville, les femmes s’appliquèrent à préparer les escargots en suivant une recette traditionnelle à l’ail.

    Je me réjouissais déjà de ce repas du soir, lorsque, à l’improviste, une indigestion affreuse, accompagnée de crampes, vint me mettre complètement K.-O. « C’est à cause de l’eau pesante que tu as bue !… », entendis-je, autour de moi, à de nombreuses reprises.

    Etendu sur le lit d’une chambre voisine, esseulé, abattu, j’entendais les rires et les éclats de voix de la tribu en train de savourer les escargots que j’avais contribué à cueillir l’après-midi.

    De temps à autre, on venait me voir par sympathie, pour s’assurer que je supportais le jeûne…

    Tournai 8/12/2015

    Illustration : Marie-Claire Deldaele (Maïka), 2007 – « Casello ferroviario Calì », Canicattì (Sicile)