Accueil

  • Encyclopédie « Tout l’Univers »

    1
    Classe de dernière année d’école primaire. L’instituteur (qui fait aussi fonction de directeur de l’établissement) demande à tous les élèves de former une file. Ensuite, il prend un grand livre, l’ouvre et le dépose ainsi ouvert contre le tableau, sur la rainure destinée aux craies. Il fait signe et la procession commence. Sur les pages déployées, on peut voir la représentation d’effroyables monstres préhistoriques. Comme les autres élèves, je fais partie de la procession. Je m’arrête quelques instants devant les images avant de retourner à ma place. Je reste ébloui par les illustrations. Ce livre fait partie d’une encyclopédie. Je n’avais jamais vu d’encyclopédies.

    2
    Première année d’école secondaire. Un homme passe à la maison. C’est un représentant de commerce. Il s’attache à démontrer à mes parents tout l’intérêt qu’il y aurait à acheter, pour moi, l’encyclopédie « Tout l’Univers ». Arguments classiques : éveil de la curiosité intellectuelle, compagnon d’études…
    Mes parents ne sont pas opposés à cet investissement. Mais il faut souscrire un contrat d’achat par lequel ils devront s’engager à acheter un livre tous les mois ou deux. Nous avons peu de moyens. L’investissement est trop important. Le représentant s’en va bredouille en laissant sa carte de visite. Grande est ma déception.

    3
    Mon père prend la décision : on achètera les livres mais sans engagement automatique et en fonction de nos ressources. Au coup par coup. Je me souviens d’un samedi après-midi où ma mère et moi avons fait le tour de plusieurs librairies. Le volume un était épuisé. Chez moi, la collection « Tout l’Univers » a démarré par le volume deux. Avec un certain agacement de mon père qui aurait voulu tout de même « commencer par le commencement ».

    4
    Mais l’ordre des volumes n’était pas trop important. L’encyclopédie était constituée d’articles pour l’essentiel indépendants. C’est ainsi qu’au fil du temps l’encyclopédie « Tout l’Univers » est venue s’installer à la maison. Avec des planches et des clous, mon père a réalisé une bibliothèque.

    5
    L’encyclopédie « Tout l’Univers » m’a toujours fasciné. D’abord pour les illustrations qui étaient remarquables et bien agencées : des dessins vivants, coloriés, suggestifs. Ensuite, lors de la lecture, pour la qualité du contenu.

    6
    Mes parents qui ne maîtrisaient pas convenablement la langue française ne pouvaient pas m’aider vis-à-vis de celle-ci pendant ma scolarité. Je lisais donc l’encyclopédie. Ce qui me plaisait et m’interpellait tout particulièrement dans « Tout l’Univers » c’était chaque fois le chapeau introduisant les articles. Introduction à caractère littéraire, même lorsqu’il s’agissait de parler de sujets techniques ou scientifiques. Je trouvais ça réellement merveilleux.

    7
    C’est en étudiant, décortiquant, paraphrasant ces textes liminaires que j’acquis progressivement une certaine compétence en composition française. Je voulais comprendre, à travers les multiples exemples fournis, comment faire démarrer un texte, prolonger un raisonnement, réaliser un corps de texte qui tienne la route, mettre une chute en relief.
    Si je suis parvenu, par la suite, à écrire des textes littéraires (poésie, prose), plus qu’à mes professeurs de français, j’en suis redevable, au moins initialement, à l’encyclopédie « Tout l’Univers ».

    Rumes 8/11/2009

    Illustration : Encyclopédie « Tout l’Univers » (série rouge)

  • « Afrique je te tiens ! »

    « Afrique je te tiens ! »
    S’était écrié César
    Surprenant et les augures
    Et ses soldats
    (Après être tombé sur la plage
    Il s’était relevé avec
    Dans sa main
    Une poignée de sable)

    Où pourrais-je donc trouver ma plage
    Pour renverser le destin
    Par la suggestion d’une phrase ?
    (Les mots ont parfois plus de poids
    Que les décisions brutales
    Des assemblées de l’Olympe).

    Bruxelles 18/03/1998

    Illustration : Buste en marbre de Jules César (Musée archéologique national de Naples, Italie)
    L’épisode mettant en scène César est tiré de Suétone (« Vie des douze Césars », Jules César, 59)

  • Nihil novi sub sole

    Curieuse coïncidence. Lorsqu’on visualise, dans un document Word, les caractères cachés, l’on constate qu’entre chaque mot vient s’insérer un point à mi-hauteur des lettres (il s’agit de la visualisation codée de l’espace, en fait).

    Exactement comme faisaient les Etrusques, il y a de cela quelques milliers d’années, pour séparer chaque mot.
    Mais les points des Etrusques n’étaient pas virtuels et composés de pixels sur un écran mais bien gravés, par exemple sur des blocs de tuf.

    Les supports et les siècles passent, les langues se succèdent, les analogies restent. Rien de nouveau sous le soleil.

    Dans une photo datant de 1955 et intitulée « L’arrivée », le photographe Roger Anthoine (lequel a illustré par de magnifiques images la venue en Belgique des travailleurs italiens de l’Après-guerre) cadre une valise en carton posée sur le quai d’une gare. La valise est entourée d’une ficelle. Sur la valise est écrit en lettres majuscules le nom du propriétaire : MASTROCOLA.ROCCO.DI.VINCENZO.

    Avec un point entre chaque mot. Exactement comme dans les adresses électroniques actuelles.

    Rumes 3/03/2008

    Illustration : Roger Anthoine, 1955 – « L’arrivée »

  • All’opposto degli altri

    All’opposto degli altri
    Non abbiamo voluto
    Guardare in alto
    Ci sembrava buffa
    Quella maniera
    Comoda di sistemare
    Il male o bene che sia

    Così ci siam tuffati
    Nel pozzo costellato
    I cui fianchi vanno
    Allargandosi verso
    Insospettati confini

    E voi a lungo sull’orlo
    Della fontana terrificante
    Ci avete seguiti.

    Taintignies 17/04/1989

    Illustration : Randy Scott Slavin – « Big sur » (California, USA)

  • Moi le sable je l’ai amoncelé

    Moi le sable je l’ai amoncelé
    Et puis j’ai laissé le vent l’emporter
    Mon signal inscrit dans chaque grain de sable
    Ainsi s’est dispersé mon reflet.

    entre Tournai et Ottignies 1/04/2019

    Illustration : Florian Clément, 2016 – Tempête de sable sur la dune du Pilat (Bassin d’Arcachon, France)

  • Toutes les chimères

    Toutes les chimères
    Je les ai jetées dans
    La machine à déchiqueter
    Visages images
    Circonvolutions
    Les pointillés du hasard
    Qui ne conduisent nulle part
    Les ricanements des actions
    Jamais escomptées
    Les intentions parfaites
    Les blessures secrètes

    La déchiqueteuse a tout avalé.

    Tournai 15/07/2010

    Illustration : Broyeur déchiqueteur industriel

  • L’ail

    Assurément
    Par ton goût âcre et vif
    Tu as mauvaise presse
    (En dépit de tes multiples atouts)
    Mais que tu sois blanc rose ou violet
    Je t’aime protège-moi je te prie
    Dissuade autour de moi
    Mauvais œil vampires zombies
    Mais aussi amoureuses importunes.

    Rumes 31/10/2018

    Illustration : Sandrine Verdier, 2010 – Têtes et gousses d’ail

  • Ieri le ho chiesto

    Ieri le ho chiesto :
    — « Che ora è ? »
    — « Il sole è abbastanza alto »
    La sua risposta

    Io che richiedevo
    Precisione micrometrica
    Puntigliosa perfetta
    Cosa ne potevo fare
    Di questa misura
    Approssimata ?

    Forse era un test ?

    Tournai 2/05/2016

    Illustration : Cadran solaire

  • Les trois règles de la politesse française

    Les trois règles de la politesse française : bonjour, s’il vous plaît, merci. Régulièrement, mon père nous les faisait réciter. Et il souriait en nous entendant prononcer cette trilogie.

    Tournai 30/01/2015

    Illustration : A. Delcroix – « La politesse en images »

  • Pirandello

    Assisté à la représentation (réussie) de « Six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello au théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles.

    Cette pièce, centrée sur l’autonomie des personnages par rapport à l’auteur — une fois qu’ils ont été créés — et en même temps sur leur nécessaire et invariante destinée, est bien représentative de l’état d’esprit de Pirandello.

    Elle aborde (certes d’une manière quelque peu intellectualisante) le thème central de toute son œuvre : le problème de l’identité. Et par conséquent du jeu (théâtral ou social, c’est idem) de l’illusion, de la vérité, de la fiction que tout un chacun anime. Pour tout dire, de la folie et de la raison.

    Pirandello n’avait qu’à puiser autour de lui pour exprimer cette réflexion : lui qui est né dans un lieu-dit appelé Chaos (lequel symbolise mieux que tout autre mot l’absence de repères) ; près d’une ville qui a changé de nom (Girgenti est devenue Agrigente en 1929, sous Mussolini) ; dans cette terre sicilienne des Grecs qui avaient voulu démythifier les Dieux et la Nature elle-même (c’est-à-dire leur enlever le masque de l’apparence) ; qui a vécu avec une femme devenue folle.

    Lui, originaire d’une Sicile qui a été, tout au long de son histoire, un territoire de frontière (et l’on sait que dans ces territoires critiques les problèmes identitaires sont exacerbés), relié à un pays aussi où la Mafia constituait déjà une puissance régissant d’une manière occulte la vie des gens, organisation dont l’existence est niée, parfois, par les Siciliens eux-mêmes.

    Rumes 19/01/2008

    Illustration : Massimo Tuzio, 2019 – Statue de Luigi Pirandello (Capriate San Gervasio, Italie)