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  • Les trois règles de la politesse française

    Les trois règles de la politesse française : bonjour, s’il vous plaît, merci. Régulièrement, mon père nous les faisait réciter. Et il souriait en nous entendant prononcer cette trilogie.

    Tournai 30/01/2015

    Illustration : A. Delcroix – « La politesse en images »

  • Pirandello

    Assisté à la représentation (réussie) de « Six personnages en quête d’auteur » de Luigi Pirandello au théâtre de la Place des Martyrs à Bruxelles.

    Cette pièce, centrée sur l’autonomie des personnages par rapport à l’auteur — une fois qu’ils ont été créés — et en même temps sur leur nécessaire et invariante destinée, est bien représentative de l’état d’esprit de Pirandello.

    Elle aborde (certes d’une manière quelque peu intellectualisante) le thème central de toute son œuvre : le problème de l’identité. Et par conséquent du jeu (théâtral ou social, c’est idem) de l’illusion, de la vérité, de la fiction que tout un chacun anime. Pour tout dire, de la folie et de la raison.

    Pirandello n’avait qu’à puiser autour de lui pour exprimer cette réflexion : lui qui est né dans un lieu-dit appelé Chaos (lequel symbolise mieux que tout autre mot l’absence de repères) ; près d’une ville qui a changé de nom (Girgenti est devenue Agrigente en 1929, sous Mussolini) ; dans cette terre sicilienne des Grecs qui avaient voulu démythifier les Dieux et la Nature elle-même (c’est-à-dire leur enlever le masque de l’apparence) ; qui a vécu avec une femme devenue folle.

    Lui, originaire d’une Sicile qui a été, tout au long de son histoire, un territoire de frontière (et l’on sait que dans ces territoires critiques les problèmes identitaires sont exacerbés), relié à un pays aussi où la Mafia constituait déjà une puissance régissant d’une manière occulte la vie des gens, organisation dont l’existence est niée, parfois, par les Siciliens eux-mêmes.

    Rumes 19/01/2008

    Illustration : Massimo Tuzio, 2019 – Statue de Luigi Pirandello (Capriate San Gervasio, Italie)

  • Elise et Flavia s’étaient perdues

    Elise et Flavia s’étaient perdues
    En s’avançant entre les tiges
    Du champs de maïs voisin

    « En continuant à marcher tout droit »
    Dit avec assurance Flavia
    « On arrivera au bout du champ
    Et alors on rentrera à la maison »

    Flavia au doux nom romain
    Expérimenta ce jour-là d’un coup
    La maîtrise de soi
    Le pouvoir de conviction
    Et les dimensions finies des surfaces
    Des actions et du temps.

    Rumes 31/08/1999

    Illustration : champ de maïs

  • Castello normanno

    Il castello — detto normanno — si ergeva non tanto lontano dal paese. Bei ruderi tramandati da epoche irrequiete.

    Uno zio, quello tornato dal Venezuela, aveva comperato i campi ai piedi del monumento e li coltivava.
    Andai a visitare il castello con mio padre e mio fratello, era d’estate.

    Esso dominava il panorama circostante esprimendo certa fierezza per la propria resistenza agli effetti del tempo.

    Toccare di mano un castello « normanno », nel proprio paese natio per di più, era fonte di altrettanta fierezza, di emozione intensa, per me, ragazzo quattordicenne appassionato di storia e vivente a 3000 km dalla Sicilia.

    Con la macchina fotografica (ricordo, di marca Bencini), feci tante fotografie in bianco e nero del sito : di fronte, di profilo, anche dalla parte più ripida.
    Fotografie dimenticate ormai in qualche cassetto o dentro qualche scatola in soffitta.

    Rumes 13/09/2008

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 1966 – Château normand (« lu castiddrazzu ») de Delia (Sicile)

  • Quel jour avez-vous dit ?

    (Interlude fantaisiste)

    L’un dit lundi
    Sam dit samedi
    Je dis jeudi.

    Rumes 26/10/2021

    Illustration : Jours de la semaine

  • Résonance

    Certains livres peuvent nous abattre, certains auteurs nous déstabiliser.

    J’ai beaucoup lu Apollinaire. J’aimais son écriture « moderniste », imagée, directe.
    Mais sa mélancolie native venait résonner contre la mienne. Au début, d’une manière discrète mais qui allait progressivement s’amplifiant.

    Par la suite, je m’aperçus que chaque fois que je lisais Apollinaire je tombais en déprime, je devenais malade au sens littéral du terme.
    J’ai dû cesser de le lire.

    Sans doute, certains écrivains — poètes en particuliers — sont-ils liés à des saisons précises de notre vie, tantôt éclatantes, tantôt chagrines.
    Apollinaire, d’une certaine manière, alimentait vigoureusement cette seconde veine.

    Rumes 31/01/2008

    Illustration : Clelia Petrantò, 2004 –Arcangelo Petrantò (esquisse)

  • Une meute de nuages sombres

    Une meute de nuages sombres
    A encerclé le mont aussitôt

    La vallée restée en suspens
    Les cohortes de conifères
    Se resserrent et veillent
    Mais d’une manière
    Désordonnée malhabile

    Des éclairs et le tonnerre
    Ponctuent le rapt
    Accompli au su et au vu
    Des touristes qui applaudissent.

    Châtel 27/08/1992

    Illustration : Sombre ciel nuageux

  • Il gioco dell’amore

    Com’è bello
    Il gioco dell’amore
    Intreccio di parole
    Di corpi di pensieri
    Di anime sospese
    Di sguardi
    Di sensazioni

    Tra sentimenti ed emozioni
    Fonte di gioia
    Che abolisce il tempo
    E le frontiere.

    Bruxelles 15/12/2015

    Illustration : Jean-Honoré Fragonard, 1787 – Le Baiser à la dérobée

  • Espaces disciplinés

    Ce qui me passionne précisément dans l’esprit et l’action de la Rome antique c’est le caractère stratégique.
    Comme l’a fait remarquer Umberto Eco, la délimitation de l’espace et de la frontière.
    De la création de villes aux confins du désert au tracé de routes essentielles dans les pays les plus divers.
    Sur le plan des idées, la constitution du Droit et de l’institution juridique là aussi détermination de frontières, création d’espaces disciplinés.

    Taintignies 2/06/1986

    Illustration : Mur d’Hadrien, édifié entre 122 et 127 de notre ère au nord de l’Angleterre (antique Britannia), pour délimiter la frontière de l’Empire romain (le Mur d’Hadrien est inscrit sur la liste du patrimoine mondial)

  • Figés dans nos gestes

    Figés dans nos gestes
    Qu’avons nous appris
    Des autres et de nous-mêmes ?

    Jadis le pas alerte
    L’esprit aux aguets
    Tout résonnait dans le cercle
    Le désir aussi mirage prompt
    A surgir à s’immiscer

    Mais les mots ont perdu leur finesse
    Et même les chagrins sont devenus périmés
    (Ils ont largement dépassé
    Leur date limite de validité).

    Bruxelles 3/11/2016

    Illustration : Isidore Odorico, première moitié du 20e siècle – Mosaïque