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  • Non domandateci perché

    Non domandateci perché
    Dobbiamo chi sa per
    Quanti anni interi
    Rimanere così in
    Fila sugli scaffali
    Interminabili e lenti
    Chiedetelo piuttosto
    Al maestro Andy
    O alle scatolette
    Cugine nostre Campbell’s
    Forse ne sanno di più
    Loro che sono irridenti
    O porgete le domande
    Alle insipide Marilyn
    Innumerevoli e sorridenti.

    Venezia 26/03/1989

    Illustration : Andy Warhol, 1962 – Bouteilles de Coca-Cola vertes

  • Les contours du courage et du hasard

    Leurs montures
    L’une rouge et l’autre noire
    (Pareilles à l’orage)
    Délimitent sur le sable
    Les contours du courage et du hasard

    Et puis
    Sous l’azur
    Qui déchire l’instant
    Et assume le désir

    Affranchis

    Les cavaliers de l’exil
    S’en retournent
    Vers l’intérieur des terres

    Sur le bord de mer
    Veillent les pins
    Sentinelles solitaires.

    Taintignies 25/08/1982

    Illustration : Carlo Carrà, 1921 – Un pin au bord de la mer

  • A saute-mouton avec le temps

    Invité (ce 25 novembre) à présenter, à la foire commerciale de Mons, au stand italien, mon livre « Histoire des Italiens en Belgique — de César à Paola », j’arrivai, avec JM, en retard au rendez-vous. Je m’étais embrouillé à la sortie de l’autoroute.
    Il fallut venir nous chercher et nous indiquer la route, perdus comme nous l’étions dans l’enchevêtrement des rues de Mons-Borinage.
    En raison du retard, le programme de la soirée avait été un peu bouleversé. Après mon intervention, on devait projeter le film « Déjà s’envole la fleur maigre » de Paul Meyer, tourné en 1959.
    On inversa l’ordre des choses. En arrivant, JM et moi fûmes invités à nous asseoir et à regarder le film qui avait commencé.
    « Déjà s’envole la fleur maigre » est un film mi-fiction mi-documentaire sur l’immigration des Italiens venus travailler dans les charbonnages de Mons-Borinage dans les années 1950.
    Pendant la projection, je remarquai qu’un groupe de personnes d’un âge tournant autour de la soixantaine chahutait derrière nous.
    Cela devenait même incommodant. Mais en faisant attention à ce qu’ils se disaient, je notai qu’ils émettaient des remarques sur le film.
    « — Ah ! Cet endroit c’était le Vatican… » disait l’un.
    « — Ah ! Tu reconnais… » répondait l’autre.
    Lors de la scène où l’on voit des enfants descendre un terril en se laissant glisser assis sur des moules à tarte j’entends :
    « — Oh ! C’est Giovanni ! Dommage qu’il ne soit pas là !… »
    « — Il est parti boire un verre… »
    Je compris alors que c’étaient eux les enfants du film de 1959.
    Un regard devant, un regard derrière : en pivotant ma tête je jouais à saute-mouton avec le temps.

    Bruxelles 8/12/2005

    Illustration : Paul Meyer, 1959 – « Déjà s’envole la fleur maigre » (photogramme tiré du film)

  • A quoi sert de courir

    A quoi sert de courir
    Avait dit le lièvre
    Si la tortue arrive
    Toujours en premier
    Zénon avait raison
    J’étais parti à point
    Pourtant n’en déplaise
    A monsieur de la Fontaine
    Je vais me retirer
    Sur le mont Kemmel
    J’y ferai du slalom
    Entre les fougères
    Pour me distraire.

    Rumes 24/01/2020

    Illustration : Milo Winter, 1919 – Le lièvre et la tortue

  • Fuori e dentro

    La nebbia nasconde attorno
    Gente oggetti uccelli
    Appena si intravedono

    Pensieri sogni sentimenti
    Dentro di me si sciolgono

    Fuori e dentro si confondono
    Lentamente svaniscono in silenzio.

    Bruxelles 28/09/2009

    Illustration : Caspar David Friedrich, v. 1820-1825 – Barque dans le brouillard matinal

  • Indétermination de frontière

    Entre le jaune virulent
    Et le bleu languide
    Je recherche l’extension précise
    De la couleur abrupte du rêve.

    Antoing 12/03/1981

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Entre le jaune et le bleu »
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Les mannequins assis en rang

    Les mannequins assis en rang
    Esquissaient un sourire malhabile
    Et restaient attentifs néanmoins
    Comme à un briefing

    Revêtus de manière identique
    Ils attendaient que soit fixé
    Leur sort définitif
    Collision frontale ou latérale
    Eventration banale
    Ou décapitation rapide
    Déchirement des membres
    Broiement de la cage thoracique
    Ou encore épreuve unique des flammes

    A deux pas des caméras-moteurs
    Ils étaient prêts à ressentir
    Leur destin tout à fait expérimental
    Digne des meilleurs téléfilms.

    Tournai 8/03/1988

    Illustration : Mannequins de crash-tests

  • Dictionnaire Larousse 1905

    Mes parents, pour venir s’installer en France et disposer d’un peu d’argent, avaient vendu, en Sicile, les quelques biens (modestes) dont ils étaient propriétaires.

    Mon père avait répondu à un appel de main-d’œuvre du gouvernement français. Il avait été engagé pour travailler dans le bâtiment (le patron de l’entreprise avait un nom polonais). Il est parti en premier, sans doute aussi pour s’assurer qu’il pourrait faire suivre sa famille dans les meilleures conditions.

    Je me souviens parfaitement de mon arrivée en France. J’allais avoir cinq ans. La gare de Lille. Le tram qui nous conduisait à Tourcoing, ville où nous aurions habité désormais.

    Encore maintenant, il m’est difficile d’imaginer qu’à cette époque je ne parlais pas français. Il en était pourtant ainsi. J’ai appris la langue française à l’école, au sens littéral du terme.

    Mon premier livre de référence en français (et le seul pendant un certain temps) fut un dictionnaire Larousse datant de 1905 que mon père avait reçu (sans doute d’un voisin qui avait vidé son grenier).

    Ce livre a été, pour moi, important. Il a été un fidèle compagnon dans l’apprentissage de la langue et dans la connaissance du monde (certes, quelque peu en différé) — la télévision n’était pas encore arrivée dans notre foyer.

    Les définitions relatives à la mythologie et à l’histoire (en particulier les notices biographiques et celles consacrées aux pays) m’intéressaient vivement.
    Ces textes étaient parfois accompagnés d’images dessinées (il n’y avait pas de photos dans ce dictionnaire).

    L’ouvrage utilisait un vocabulaire qui n’est plus guère en usage de nos jours. Ainsi définissait-on Rome : « Ville qui fut longtemps la maîtresse du monde ».

    Je ne crois pas que l’histoire se répète mais elle « fonctionne » certainement en spirale (d’où cette impression que parfois l’histoire bégaye).

    Quand on relit le dictionnaire Larousse de 1905, on s’aperçoit qu’aujourd’hui — un siècle plus tard donc — de nombreuses entités se sont réappropriées leurs anciennes formes, par-delà le grand tourbillon du 20e siècle.

    Que ce soit des noms de pays (Russie, Serbie, Monténégro, Congo), des noms de villes (Saint-Pétersbourg, Nijni Novgorod, Iekaterinbourg, Chemnitz), des drapeaux (celui de l’Espagne avec le rétablissement des armoiries royales, celui de la Russie avec les mêmes couleurs que celles du temps des Tsars).

    Les articles consacrés aux pays du monde, le dictionnaire Larousse ne les illustrait pas par une œuvre d’art, un monument, une figure folklorique ou historique ou encore un paysage naturel. Non. Chaque pays était représenté par l’image d’un soldat.

    On était en 1905. C’était la contribution française à la préparation de la Première Guerre Mondiale, autrement appelée la « Grande Guerre » (soi-disant la « Der des Der »).

    Bruxelles 10/01/2008

    Illustration : Dictionnaire Larousse, 1905

  • Enfance musicale

    Mon frère et moi jetions un coup de pied dans un caillou chacun notre tour pour arriver jusqu’au conservatoire.
    A l’époque les péplums étaient à l’ordre du jour.
    En attendant l’arrivée du prof de violon et pour épater une petite jeune fille qui suivait le même cours on se prenait pour Hercule et Maciste.
    Le pupitre nous servait d’haltère.
    Il était quand même assez lourd.

    Rumes 1/04/2011

    Illustration : Camille Bombois, v. 1930 – Athlète forain

  • Togliendosi l’elmetto

    Togliendosi l’elmetto
    Il generale apparve quieto

    Finita la guerra
    Egli poteva dedicarsi interamente
    Al suo diletto passatempo
    Insieme ai nipotini
    Si reca in una stanza
    In cui riproduce
    Vasti campi di battaglia
    Con soldatini certo di metallo
    Ma schierati
    E pronti al suo comando

    E questa volta vince la guerra.

    Bruxelles 5/08/1998

    Illustration : Constant Le Breton, 1938 – L’enfant aux soldats de plomb