-
Amitié franco-allemande

Voyage en Allemagne, il y a quelques années. Propos anodins échangés avec un vieux jardinier.
« — D’où venez-vous ?
— Du nord de la France
— Ach ! Je connais bien votre région. Je l’ai survolée avec un bombardier en mai 1940 ! »
Léger flottement. Une fraction d’instant.
Délices du tourisme aérien d’antan.Bruxelles 29/11/2007
Illustration : Bombardiers « Stukas » survolant la France, 1940
-
(Piazza San Pietro)

Colonnati che avete udito mio padre
Oggi mi ritrovo davanti
Al vostro lieve rigore
E mi pare che lo spazio dilaghi
Non fuggiaschi né pellegrini
Ma emigranti eravamo
Ed era d’estate
Quante speranze in quegli anni
Quanta tenacia quanti palpiti
Mitica appariva l’Italia
E possenti le antiche statue
(A Roma si sostava per alcune ore
Prima di tornare oltr’Alpi
Ed avevo quindici anni).Roma 11/04/1991
Bruxelles 29/06/1992Illustration : Gian Lorenzo Bernini (dit Le Bernin), 1656-1667 – Colonnades de la Place Saint-Pierre, Rome
-
De son cheval bondissant

De son cheval bondissant
Et hirsute
Le cavalier blanc
Menaçant et brandissant
Les attributs de la discorde
Des corbeaux sont venus se poser
Sur les corps qui dorment peut-être
Les arbres ne voyant personne
Et les nuages marrons
Parcouraient la plaine.Antoing 25/04/1981
Illustration : Le Douanier Rousseau (Henri Rousseau, dit), 1894 – La Guerre ou la Chevauchée de la discorde
-
Cerises qui égayez tables et jardins

Cerises qui égayez tables et jardins
Apportez aussi dans mon cœur
Vos reflets brillants et rieurs
Votre souvenir retentira encore
Dans les matins de frimas
Coloriant de rouge
Tranches de pain et placards.Sost 28/08/2018
Illustration : Gérard Fally – Cerises
-
J’ignore les ressorts

J’ignore les ressorts
Qui conduisent à la quiétude
Ces collines rondes
Qui me servent de repères
Dans une navigation sans plan de vol
M’émeuvent.Tournai 17/09/2008
Illustration : Gerardo Dottori, 1949 – Umbria vergine (Ombrie virginale)
-
Un passo davanti all’altro

Un passo davanti all’altro
E via ma quanti fili
Calati da cima
Sostengono le dita
Le ciglia le ossa
Spaccate dalla smorfia
Che precipita
Senza sosta nessun monito
Camminare dritto e nemmeno
Sapere dove si cela
Infido il gran vecchio
Solo si odono le risa.Taintignies 26/05/1989
Illustration : Louis de Budt (actif à Lille), 4e quart du 19e siècle – Marionnette
-
Avec sa taille haute

Avec sa taille haute
Et sa tête quasi chauve
Il inspirait à ses élèves
Une crainte sans pareille
Dans sa classe réputée austère
La mappemonde rendait
L’atmosphère encore plus pesante
En parlant de Rome et de la Gaule
Il nous montrait des photos de Glanum en Provence
Le souvenir de ‘40
Etait vivant à fleur de peau
Lorsque des cancres
Incisaient leur table de croix gammées
Ils étaient durement réprimandés
Les garnements se vengeaient du maître
En allant pisser sur son auto.Tournai 18/08/1985
Illustration : Site gallo-romain de Glanum dans l’actuelle commune de Saint-Rémy-de-Provence (France)
-
Il giovane favoloso

Que dire du film de Mario Martone, « Il giovane favoloso » (que j’ai déjà revu plusieurs fois) ? Exceptionnel, intimiste, crédible.
Il rend compte avec réalisme et sensibilité de la vie de Giacomo Leopardi. Depuis sa bibliothèque-prison d’enfant prodige jusqu’à sa retraite napolitaine marquée par l’éruption du Vésuve, depuis la vision idyllique de l’enfance (noble et insouciante) jusqu’à sa vie ultérieure marquée par la déchéance physique et l’absence d’un amour véritable.
Le film rend bien la relation complexe avec le père et le milieu familial provincial et étouffant.
Au fur et à mesure que Leopardi se recroqueville, nous assistons à son calvaire et cruel destin. Physiquement, il devient, en dépit de son esprit ou peut-être justement à cause de lui, complètement dérisoire. Il a beau écrire des textes sublimes, c’est une sorte de gnome. Un pur esprit emprisonné dans un corps difforme.Tournai 19/01/2016
Illustration : Mario Martone, 2014 – « Il giovane favoloso » (photogramme tiré du film), avec Elio Germano dans le rôle de Giacomo Leopardi
-
Je suis une paillette (dit-elle)

— Je suis une paillette (dit-elle)
La gloire de ce tableau vivant
Une merveille et plus encore
Et pourtant même si je brille
D’un éclat parfait j’aspire parfois
A moins d’apparat
Mais comment faire
Sans m’humilier ?
Que deviendra la scène sans moi
Est-ce qu’encore on me regardera ?Bruxelles 3/12/2010
Illustration : Dana Chirpac – Femme blonde avec poussière de paillettes
-
Si era comprato una bicicletta

Si era comprato una bicicletta
Per andare fino a Pechino
Giunto al primo crocevia
Pensò : perbacco non è così vicino
E decise allora
Di fare solo il giro del paesino.Taintignies 20/04/1986
Illustration : Grand bi