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  • Raisin

    Je faisais mine de te manger
    Grappe de raisin
    Pour une photo de profil
    Qu’on aurait alignée plus tard
    Dans l’album de famille
    Aucune certification bio hélas
    Tes grains étaient factices
    Raisin de plastique.

    Rumes 2/08/2019

    Illustration : Mme G. Huygevelde, v. 1963-64 – Arcangelo Petrantò

  • Peut-être est-ce dû à notre taille

    La réalité ressemble à un filet auquel nous nous heurtons et par lequel nous sommes enveloppés. Mais peut-être est-ce dû à notre taille. Serions-nous plus infimes, nous passerions entre les mailles.

    Bruxelles 16/03/2009

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – « Filets métalliques »
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Mentre nella certezza del presente

    Mentre nella certezza del presente
    Sembrava facile già conciliare
    Convinzione e finzione

    A distanza di giorni ed anni
    Viene a corrompersi il sogno ormai
    E a confondersi con la realtà

    Allora si cerca con ansia
    L’angelo che da bambino
    Appariva compagno sorridente
    Nel nuovissimo cammino.

    Taintignies 7/11/1983

    Illustration : Francesco Botticini, v. 1470 – Les trois Archanges et le jeune Tobias (détail)

  • Il est certain que le lion

    Il est certain que le lion
    Est le roi des animaux
    Pourtant celui-là
    N’en tirait aucun orgueil
    Libéral et débonnaire
    Placide et vertueux
    Il acceptait à sa cour
    Le paon et la gazelle
    Le condor et la vipère
    A la seule condition
    Disait-il de s’entraider
    Réciproquement
    Ne sommes-nous pas tous
    Faits de poussière ?

    Rumes 20/01/2020

    Illustration : Albrecht Dürer, 1494 – Lion

  • Impatience du feu

    A dix heures, ce matin, exercice d’alerte incendie au bureau. Sonnerie. On ferme les portes. Tout le monde se dirige vers les escaliers. Commentaires amusés, plaisanteries.

    Seul un collègue ne présente pas un sourire de bon aloi. A deux heures, cette nuit, on a bouté le feu à la charpente de sa maison en construction. Coïncidence ? Impatience du feu ?

    Bruxelles 27/11/2007

    Illustration : Jacqueline Maertens, 2009 – Pendant une démonstration d’extinction d’incendie par les pompiers à Lessines (Belgique)

  • Si vous voulez connaître

    Si vous voulez connaître
    Parfaitement ma peau
    Me dit-elle vous pouvez
    Rester le temps qu’il faut
    Et de plus je vous en prie
    Utilisez la loupe

    J’étais vraiment intéressé
    Par les charmes de la belle
    Et pour les dévoiler
    J’étais prêt à passer
    Diverses nuits sans sommeil

    Malheureusement ce n’était

    Qu’un revêtement d’électrons
    Et je n’ai appris
    Que le nombre de pixels
    Composant sa superficie
    Corporelle. Allons. Undo.
    Cancel.

    Bruxelles 25/09/1989

    Illustration : Image matricielle

  • Tutto scorre diceva l’Antico

    Tutto scorre diceva l’Antico
    Non è altro il tutto che flusso

    Atomi giorni traffico
    E fermarsi seppur un momento
    È un’eresia

    Proseguono il loro cammino
    Gli autoveicoli

    Talvolta uno sguardo.

    Bruxelles 3/06/2009

    Illustration : Lucia Lamberti, 2005 – In salita (En montée)

  • Les arbres balançaient leur houppe

    Les arbres balançaient leur houppe
    Semblaient danser mais d’une manière
    Parfaitement retenue comme il convient
    A des êtres à peine flexibles

    C’est le vent qui donnait
    Cette illusion de farandole
    Les arbres semblaient si excités
    Et en même temps comme essoufflés
    Par leur prestation enracinée immobile.

    Tournai 17/05/2010

    Illustration : Eugène Laermans, 1899 – La tempête

  • Théophile de Viau

    Ma première rencontre avec le poète Théophile de Viau s’est déroulée lors d’un concours de diction, alors que j’étais jeune adolescent. Le texte était imposé à ma classe d’âge. Nous étions peu nombreux à participer. Il s’agissait d’une ode, « Le matin ».

    J’aimais ces vers pour l’agencement des mots et leur sonorité suggestive, pour les noms propres et de lieu (tels Cloris, Philis, le Mont Hymette) qu’on y trouvait disséminés ici et là, et qui m’impressionnaient un peu, mais surtout pour la symbolique propagée par le matin, la description et mise en scène du démarrage quotidien, pour l’énergie qui s’en dégageait.

    Ce texte, par la suite, je l’ai retrouvé dans nombre d’anthologies du 17e siècle. Cependant, Théophile figurait au programme scolaire comme auteur marginal, comme « petit maître ».
    Quelques années plus tard, je l’ai vraiment étudié.

    J’appris qu’il était épicurien, libre-penseur, qu’il faillit mourir brûlé vif sur le bûcher (il s’enfuit et fut néanmoins brûlé en effigie, on ne plaisantait pas à cette époque), qu’il fut finalement emprisonné et qu’il mourut prématurément (à l’âge de trente-six ans).

    J’appris qu’il fut le poète le plus lu du 17e siècle français avant d’être oublié (on pourrait dire évacué par le classicisme le plus rigoureux et dogmatique).

    Ce qui me plaisait et continue de me fasciner chez Théophile, c’est son aisance dans l’écriture, le charme de son vocabulaire, son élaboration de la matière poétique (mots, images, sons, rythme), l’extrême sensibilité qui se dégage de ses textes.

    Théophile, qui a refusé d’adhérer aux nouvelles contraintes classiques prônées à son époque, parvient, par son cheminement, à des résultats stupéfiants en termes d’images, d’effets, d’authenticité. Il a conscience d’être un écrivain moderne qui ne doit pas paraphraser les Anciens : il peut certes recevoir de ceux-ci des suggestions mais il doit rester par-dessus tout lui-même.

    Par ailleurs, tout en étant un poète baroque (par certains aspects de sa technique d’écriture) Théophile ne persévère pas vers l’emphase et l’abstraction. Ses textes révèlent une élégance et une ambition qui surprennent par la douceur et la sincérité des sentiments. Une mélancolie gracieuse aussi.

    C’est précisément ce paradoxe qui m’émerveille : sans avoir été un chef d’école (à la Malherbe) Théophile parvint à se hisser au rang de « premier prince des poètes » suivant le jugement de ses contemporains.

    Au plan philosophique, Théophile, qui n’est attaché à aucun système, évoque dans ses vers la tolérance et la prise en considération de ce qui pourrait paraître infime ou inutile (tout peut servir, en fin de compte, dit-il), ainsi :

    « Les déserts les plus inutiles
    Donnent de grands titres aux rois,
    Et les arbres les moins fertiles
    Nous donnent de l’ombre et du bois. »

    Rumes 9/12/2007

    Illustration : Giuseppe Pellizza da Volpedo, 1904 – Le soleil levant

  • Terrassés depuis longtemps

    Terrassés depuis longtemps
    Déjà et intimement
    Soumis de surcroît
    Les nuages avancent
    Au rythme lent de leur destin
    Et s’accommodent de leur
    Sort devenu commun

    Malgré qu’ils soient
    Parés tantôt de couleurs
    Mornes ou drapés parfois
    De rigoureux éclats
    Ils n’en savent rien
    Sans égards on les mène

    Sous eux les parcelles
    De terre les forêts
    Les montagnes altières
    Les toits pointus
    Les sinueuses rivières
    Défilent et des stormes
    D’oiseaux s’en viennent
    A leur rencontre bruyamment

    Mais les nuages ne connaissent pas
    L’étendue de leur prison
    Ils la portent en eux
    Au rythme aigre-doux du voyage
    Depuis qu’un jour atroce
    On leur a crevé les yeux.

    Gent 2/08/1988

    Illustration : Maurits Cornelis Escher, 1938 – Jour et nuit