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  • Urvaterland

    La patrie originelle
    C’est la patrie des idées
    La terre d’où elles viennent
    Comme autant d’oiseaux
    Myriades colorées et nouvelles

    Cette migration pourtant
    Qui ressemble à un rêve
    Quelqu’un pourra-t-il me dire
    Quel est le pays des idées ?

    Tourcoing 5/04/1976

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2019 – Plage de Middelkerke (Belgique)

  • Les variations du monde

    Les variations du monde s’ouvraient à mes désirs illimités
    J’avais été initié à l’alchimie par laquelle je pouvais
    Modifier maintenant la réalité et moi-même

    Je devenais saurien dans un monde pré-humain
    Entouré de plantes archaïques

    Des falaises rougeâtres limitaient un océan tiède

    Dans une eau primordiale
    J’étais bulle parmi d’autres bulles
    Dans un marécage
    J’étais émanation de méthane

    Une terre bruissante d’humains à têtes multiples et

                                                                         [horribles

    J’avais des yeux d’oiseau et pouvais voir mon corps

                                                                         [d’oiseau
    Les ailes déployées entièrement je planais
    Par-dessus les étendues de forêts bleuâtres
    Ou des surfaces criblées de cratères gigantesques

    Le feu s’étendait à travers moi
    J’étais le feu tentaculaire enjambant et
    Embrasant tout dans une fusion dévorante
    J’étais flammèche
    J’étais lave incandescente
    J’étais soleil.

    Bruxelles 4/03/2004

    Illustration : Une grue en vol

  • Dormir peut-être

    Dormir peut-être
    Assoupi sûrement
    Etonnant en pleine vitrine
    Ainsi exposé au regard des passants

    Dans la galerie d’art ultra éclairée
    Ceux-là boivent et guindaillent
    Rient se taquinent
    Sans pour autant le réveiller
    L’ensommeillé du tableau.

    Rumes 10/02/2022

    Illustration : Antoine Besson, 2019 – Jean

  • Più avanti

    Più avanti
    Il branco correva
    Lungo il meandro
    Del fiume
    Appartata
    Forse lei ha sentito
    Le grida forse
    È stato l’istinto
    Oppure l’intuito
    Il cesto leggero
    Fluttuava contro
    La riva nel cesto
    La lupa ha trovato
    Romolo e Remo.

    Bruxelles 18/06/1997

    Illustration : Annibale Carracci, 1590-1591 – Romulus et Rémus allaités par la louve, palais Magnani, Bologne (Italie)

  • Fluctuation

    Il suffirait d’une fluctuation.

    Sans date (avant 14/02/2006)

  • D’abord cracher vomir extirper

    D’abord cracher vomir extirper
    Ce qui était envenimé
    Abolir la souffrance insidieuse

    Ensuite reprendre à pleines mains
    Le présent saisir l’intense
    Me réapproprier la mesure des mondes
    Restaurer la conscience

    Enfin rendre claires les images
    Que j’énonce transformer les menaces
    Et l’angoisse même en vastes orages bienfaisants.

    Taintignies 4/08/1989

  • Pique-nique

    Souvenir d’un moment insouciant et merveilleux, celui d’un pique-nique de plusieurs familles italiennes dans un terrain vague près des appartements où nous logions.
    Mon oncle Gaétan prends des photos. Dans l’une d’entre elles que j’ai retrouvée, je suis accroupi et ne regarde pas l’objectif. Il y a un voisin guitariste et un autre qui joue de l’harmonica. Mon père est en train de chanter.
    Je remarque dans la photo qu’il porte une cravate, même pendant ce moment de détente. Ce devait être un dimanche. A l’époque on travaillait aussi le samedi.
    A l’arrière-plan, l’image floue de ma grand-mère Margherita.

    Bruxelles 8/01/2016

    Illustration : Archives familiales, fin des années 1950, pique-nique

  • A Malanu

    L’azione si svolge a Lilla, nel nord della Francia, fine anni sessanta.

    Io, mio padre e mio fratello siamo venuti ad accogliere alla stazione ferroviaria uno zio proveniente dalla Sicilia.
    L’arrivo è previsto di mattina.

    Il treno giunge alla stazione ma nessuno zio in vista.
    Il flusso della gente che scende dalle vetture e poi si disperde.
    Rimaniamo un po’ perplessi.
    Quando dall’altra punta della stazione giunge gridato a mio padre con voce stentorea :
    « To fra’… lu vitti… a Malanu !!.. ».

    Lo zio aveva sbagliato treno e anziché seguire la via più ovvia transitando dalla Svizzera (con il « Calais-Bâle ») era partito in direzione di Torino, Modane e quindi Lione, Parigi…

    Arrivò lo stesso lo zio a Lilla ma di sera e mio padre era incazzato.
    Dovemmo fare quel giorno un po’ di turismo forzato.

    Rumes 15/10/2008

    Illustration : Gare de Lille-Flandres, dans les années 1960

  • (Le bouchon de lavabo)

    Clé de voûte attitrée
    Je soutiens des liquides
    O mon travail d’Hercule intermittent

    A travers les volumes fluides
    Transparents j’aperçois doigts
    Mains et bras familiers
    Et visages s’approchant
    Nudités rasoirs portemanteaux brosses à dents
    (On me crache aussi dessus
    Pour me provoquer ?)
    Et les savonnettes putains disposées
    A caresser toutes les peaux

    Puis ma vision devient opaque
    La cécité me frappe
    Je perds tout contact

    Lorsque soudain proférant
    De sourds grognements l’eau souillée
    S’enfuit sous moi comme honteuse
    Poursuivant un destin souterrain précipité.

    Bruxelles 25/06/1991

    Illustration : Joseph Farrelly – Jeune femme au lavabo (Girl at the sink)

  • On donne à l’écriture

    On donne à l’écriture une valeur démesurée. En fait, elle est dérisoire. C’est l’effort de vouloir fixer le mouvement de la vie : gestes, séquences, perceptions… C’est aussi une manière de vouloir la dupliquer. L’écriture a donc une fonction mémorielle mais également exemplaire. Dans les deux cas c’est toujours une construction, susceptible, comme toutes les constructions, d’être manipulée ou de mentir. Finalement, une fois passée par ce crible, il ne reste, de l’écriture, que la dimension esthétique dont la perception peut d’ailleurs varier au fil du temps.

    Rumes 19/01/2019

    Illustration : Manuscrit de L’infinito de Giacomo Leopardi, 1819
    L’œuvre fait partie des Idilli