ZH et CC

Comparée à la flotte impériale chinoise du grand navigateur Zheng He (1371-1433) — 200 navires, un navire amiral une fois et demi plus long qu’un terrain de football et près de 30 000 personnes (marins, soldats, artisans, concubines, astronomes, cartographes) composant les expéditions navales —, la flottille de Christophe Colomb semble bien dérisoire.

Pourtant, les voyages de l’amiral Zheng He ne constitueront, en fin de compte, que des expéditions de prestige visant tout au plus à recueillir des tributs en faveur de l’empereur de Chine.

Les trois coquilles de noix de Christophe Colomb, amiral de la mer océane, bouleverseront l’état du monde avec des effets durables — dans le bien et dans le mal — jusqu’à nos jours.

Mais cette éclosion maritime chinoise précoce et la colonisation chinoise avortée laissent entrevoir ce que pourrait être, à lavenir — mais il est déjà amorcé —, le réveil complet de la Chine : un ordre de marche démesuré, global, coordonné.

Rumes 15/09/2009

Illustration : L’armada de Zheng He

Pour vivre ici

S’il est un texte qui m’a révélé une voie poétique, c’est bien le poème « Pour vivre ici » de Paul Eluard :

J’ai fait un feu l’azur m’ayant abandonné…

Ce texte m’avait bouleversé, adolescent, par sa simplicité formelle, sa symbolique puissante, son cheminement vers l’essentiel.

Pendant très longtemps, ce poème m’a hanté et maintenant encore il continue à me dire quelque chose. Quelque chose qu’il est cependant difficile d’exprimer d’une manière « décodée ».

Car la poésie est un langage dans le langage et elle se joue des significations communes. La poésie ouvre sur un monde virtuel où l’intuition et les signes jouent un rôle démesuré, décisif, hors de proportion avec le « monde réel ».

Dans les poèmes, l’espace-temps est malmené et les liaisons s’effectuent par le biais de raccourcis.

Rumes 9/03/2008

Illustration : Feu de bois

Pommes

Dans l’adolescence
Vous étiez mon fruit préféré
(Ma vie alors était toute inversée
Telle qu’un devin me l’avait notifiée)
J’étais en consonance avec votre saison naturelle
Je vous ai délaissées lorsqu’est arrivé l’été.

Sost 16/08/2018

Illustration : Miguel Angel Nuñez, 2018 – Pommes vertes sur fond bleu

Le arterie

Si stava festeggiando quella sera un parente che si era diplomato da geometra.

Ad un tratto, il nonno già ottantenne si alzò e dirigendosi tra la gente che stava ballando esclamò : « mamma ma che ci fai tu qua ? »

Io ero ragazzo. La scena si svolgeva d’estate in Sicilia, un’orchestrina stava suonando « la fisarmonica » di Gianni Morandi.

Il nonno fu riportato a sedere. Le arterie. Proprio così la famiglia diceva.

Bruxelles 22/02/2008

Illustration : La fisarmonica

Quelques repères dans le flux des instants

Je ne prétends pas être un « véritable » écrivain ni prolifique ni génial. Comme je l’ai déjà dit, mon écriture ce sont des notes que je prends tout au long de mon parcours. Mes impressions, comptes-rendus et réflexions témoignent de mon vécu. Pas d’orgueil. Moins encore de grandes ambitions. Quelques repères dans le flux des instants, des jours, des ans. A usage personnel avant tout. Car l’écriture est en premier lieu une confrontation avec soi-même, une mise au point, un état des lieux et des routes. Je ne suis pas un forcené de l’écriture. Et je n’aspire pas à des reconnaissances éclatantes. Le cas échéant, à une évaluation juste et vraie.

Rumes 24/07/2018

Illustration : Anonyme, 1975 – Silhouette d’Arcangelo Petrantò

Les enfants étaient rassemblés par décuries

J’ai retrouvé, sur internet, l’image du château où, enfant, j’ai séjourné en colonie de vacances. C’était un château tout blanc et vraiment joli. Je garde le souvenir d’un édifice agréable, entouré de bois — qui, à l’époque, me paraissaient étendus — et situé au sommet d’une colline.

Les appels s’effectuaient devant le château. Les enfants étaient rassemblés par décuries. Nous mangions au rez-de-chaussée. On nous servait du jus de pomme à volonté comme boisson, que tout le monde appelait « cidre ».

En-deçà du plateau relativement étroit qui s’étendait devant le château, la pente descendait d’une manière assez raide. Légèrement en contrebas se dressait un énorme chêne. C’est sous cet arbre que nous nous réunissions avant le repas de midi, bien à l’ombre, pour entonner des chants en canon que nous apprenait le « grand chef ».

Nous dormions aux étages. Je me remémore les jeux, les feux de camps, la promenade dominicale jusqu’au centre du village, Saint-Rémy-sur-Avre, pour assister à l’office. Sur le chemin pour rejoindre l’église, nous devions passer sur un petit pont enjambant la rivière. L’eau était toujours claire. Nous assistions à la messe en bloc compact. J’ai le souvenir d’un vieillard, peut-être centenaire, également ponctuel à l’office, et portant un bicorne à la manière du 19e siècle.

Je suis retourné plusieurs années de suite dans cette colonie de vacances. J’aimais notamment les excursions que nous effectuions. Je garde le souvenir d’une promenade en bateau sur la Seine. Nous avions fait une halte à Château-Gaillard. Et puis nous avions rejoint Rouen. Station sur le lieu du supplice de Jeanne d’Arc. Nous avions aussi traversé à pied le pont de Tancarville.

Pendant toute la durée de mes séjours aux portes de la Normandie, j’ai eu droit à un régime personnalisé car je ne supportais pas les tartines beurrées. Des tartines à la confiture sans beurre étaient préparées tout spécialement à mon intention. Au cours de mes trois séjours, les cuisiniers ne se sont trompés qu’une seule fois.

Bruxelles 25/10/2007

Illustration : Le château de Saint-Rémy-sur-Avre

(Ayant été ravagé entretemps par un incendie, le château est, de nos jours, hélas, en ruines)