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  • Dialogo in mezzo alla piazza (1/2)

    1   Ma la luna
         Potrebbe anch’essere rosa

    2   E allora e allora
         Perché vorresti che rimanesse
         Poveretta
         Così pallida
         Non è mica una malata

    Al sentire questo dialogo
    La luna cambia colore

    E quei due se ne tornano a casa
    Con un chiar di luna inconsueto nel cuore

    Tocca adesso ai pittori
    Ritrattare della luna
    La nuova carnagione.

    Roma 10/12/1979

    Illustration : Luna rosa

  • Les cosmologues et les physiciens…

    Les cosmologues et les physiciens nous informent que les ondes qui nous entourent voyagent dans l’univers à une vitesse qui ne peut dépasser la vitesse de la lumière.

    Ce qui implique, à l’échelle de la vastitude de l’univers observable, une diffusion de ces ondes suivant une allure qui approche celle d’un train de sénateur !

    Ainsi les premières émissions de radio commerciale émises sur terre (à partir de la deuxième décennie du 20e siècle) et diffusées à travers l’espace poursuivent-elles pour l’éternité leur course dans toutes les directions de l’espace cosmique.

    Elles n’auraient parcouru qu’un rayon d’une centaine d’années lumière autour de la Terre, une distance à proprement parler infime mesurée à l’échelle de l’univers.

    Je songeais un jour, précisément à ce décalage en écoutant un air de tango des années 1920 (*) que je venais de découvrir et qui m’avait charmé au sens fort du terme, jusqu’au point de l’écouter en boucle.

    Je me disais : voici un air qui vient de loin, de bien avant ma naissance, et qui me rejoint à travers le temps et l’espace.

    Comme il était de coutume dans les tangos de cette époque, on y trouve deux strophes chantées, à partir du milieu de la composition.

    En écoutant ce morceau, un sentiment d’étrangeté m’envahissait provoqué par les sons parfois discordants et le bruit de fond de cet enregistrement d’un autre âge : mais surtout par l’accompagnement instrumental au rythme soutenu, les quelques mots chantés parfois hachurés, la mélodie suggestive et lancinante…

    J’ai alors pensé aux ondes radios qui parviennent jusqu’à la terre et pouvant provenir du fin fond de l’univers.

    Un jour, me suis-je dit, nous entendrons de la musique et des chants étranges, émis voilà peut-être des milliards d’années, des sonorités inusitées et nous serons à la fois émerveillés, ébahis et stupéfiés de ces échos d’une civilisation cosmique depuis longtemps disparue…

    Namur 21/05/2022

    Illustration : « Alma tanguera », Disco Nacional Odeon

    (*) « Alma tanguera » (1927), orquesta tipica Francisco Canaro,
    “estribilista” Roberto Diaz ou, suivant d’autres sources, Agustín Irusta

  • La dernière lettre à Pirandello

    J’ai connu la personne qui a envoyé la dernière lettre à Pirandello : il s’agit du professeur Robert Van Nuffel, de l’Université de Gand, qui m’avait raconté lui-même cette anecdote.

    Il était alors assistant de français auprès de l’Université de Bologne. Lorsque le jeune Belge apprit que Pirandello n’était plus, il s’enquit auprès de l’entourage du Maître de la lettre qu’il lui avait envoyée.

    On lui répondit que sa lettre était bien arrivée, qu’on l’avait retrouvée sur le bureau de Pirandello, mais que ce dernier n’avait pas eu le temps de la lire car il était mort entre-temps (10 décembre 1936).

    Rumes 21/01/2008

    Illustration : Robert Van Nuffel (1909-2004)
    Liber Memorialis UGent, 1960

  • Les Normands en Sicile

    Les traces du passé sont constamment présentes, d’une manière ou d’une autre, dans notre vie contemporaine et suivent des circonvolutions parfois étonnantes mais qui s’expliquent.

    Ainsi, mon grand-père maternel aimait lire, en Sicile, les récits liés à l’histoire de Charlemagne et des Paladins de France, notamment Roland. Et ce en plein 20e siècle.

    Cela peut paraître curieux mais ça ne l’est pas vraiment.

    En fait, cet engouement « moderne » pour une littérature inspirée des chansons de geste médiévales trouve son origine lointaine dans la conquête de la Sicile par les Normands, au 11e siècle.

    On sait que les redoutables Vikings, venus de Scandinavie et dont le nom latinisé était rendu par « Northmanni », avaient essaimé en Angleterre et en France, dans le territoire appelé pour cette raison « Normandie ».

    On sait moins que les Normands de France, par la suite, avaient essaimé à leur tour en Méditerranée et tout particulièrement en Sicile, alors entre les mains des Arabes (appelés aussi Sarrasins).

    S’étant emparé de la grande île, ils érigèrent leur conquête en « royaume de Sicile » en 1130 et firent preuve d’une grande tolérance pendant leur domination qui se prolongea jusqu’en 1194 (la Sicile d’alors formait un creuset culturel fécond où se côtoyaient Arabes, Grecs et Latins).

    Les Normands importèrent en Sicile les récits de l’aube de la littérature française, inspirés de l’épopée carolingienne, les chansons de geste.

    Cette influence littéraire restera vivace pendant de longs siècles et imprégnera profondément les traditions populaires siciliennes. Elle fut entretenue parallèlement, il est vrai, par la littérature italienne elle-même laquelle avait recueilli, par d’autres canaux, ce même héritage littéraire. Il suffit de penser à la poésie chevaleresque de la Renaissance, à l’Orlando Innamorato (Roland amoureux) de Matteo Maria Boiardo ou à l’Orlando Furioso (Roland furieux), composé au début du 16e siècle par Ludovico Ariosto, dit en français l’Arioste.

    Jusque dans les années soixante du siècle dernier voire encore au début des années septante, soit à l’époque de la transition vers la motorisation généralisée, on pouvait voir sur les charrettes siciliennes la représentation peinte en couleurs vives de scènes historico-littéraires inspirées du combat des chevaliers chrétiens contre les Sarrasins. Au premier plan des personnages mis en exergue, on trouvait les Paladins de France et tout particulièrement Roland, le plus célèbre d’entre eux.

    Les charrettes sont devenues obsolètes et on ne les trouve plus que dans les musées ou dans certains lieux touristiques, pour la couleur folklorique locale et les photos. A Canicattì et Campobello di Licata, chaque année, lors d’une manifestation dénommée « La Rietina », on peut voir défiler des dizaines de charrettes siciliennes avec leurs décorations traditionnelles caractéristiques.

    On retrouve la légende de Roland dans une autre « institution » sicilienne, le théâtre de marionnettes (Opera dei Pupi) qui bénéficie depuis quelques années du label de « patrimoine immatériel de l’humanité » et dont le répertoire principal concerne précisément la légende de Roland.

    De nombreux autres signes évoquent, par ailleurs, l’influence des Normands en Sicile.

    La langue franco-normande a laissé de multiples traces dans le vocabulaire sicilien.
    Le Royaume des Deux-Siciles, héritier géopolitique du royaume normand, survécut géographiquement inchangé, jusqu’au moment de l’unification de la péninsule italienne (1860).
    Le Palais qui abrite le Parlement régional sicilien, à Palerme, s’appelle « Palais des Normands ».
    A titre anecdotique, dans mon village natal, Delia, on trouve aussi les ruines d’un château médiéval dit « normand ».

    Rumes 4/10/2008

    Illustration : Imagerie chevaleresque traditionnelle représentant une scène de combat, telle qu’on pouvait la voir sur les panneaux des charrettes siciliennes

  • Senza indugi

    Talvolta nell’atmosfera
    Rarefatta d’un corridoio
    Ci si esprime
    Senza indugi e
    Contro la parete
    Ormai dolcissima
    La malinconia si scioglie
    D’un seul trait.

    Tourcoing 18/10/1980

    Illustration : Anonyme, c. 1915 – Nu

  • Sept cétacés c’est assez

    (Interlude fantaisiste)

    Sept cétacés c’est assez
    Disent les sept ascètes à Sète
    Et pas plus de six scies
    Ajoutent les trois de Troie de Troyes et de Détroit
    Mais que du neuf précisent les neuf
    Quant aux deux d’Eu
    D’eux point d’œufs !

    Rumes 14/09/2022

    Illustration : Eric Lamblin et Guillaume Boeye – Baleines au large de l’île de la Réunion
    « Dans l’intimité des baleines » (2019)

  • La chauve-souris

    Avec tes ailes rapiécées
    Et tes airs de vampire
    Tu sembles être sortie
    D’un film horrifique
    Pourtant c’est bien toi
    Et non une colombe
    Qui a servi de modèle
    A Ader pour son engin
    Volant mécanique
    La beauté ne serait-elle
    Donc seulement qu’un
    Banal revêtement plastique ?

    Rumes 18/05/2020

    Illustration : L’Avion III de Clément Ader, 1897

  • Francophonie : jadis et maintenant

    Quand on parle de suprématie de la langue française en Europe au cours des siècles passés et tout particulièrement à l’époque médiévale (XIe – XIVe siècles) et puis aux XVIIe et XVIIIe siècles, si l’on insiste, comme il se doit, sur la qualité et le prestige des œuvres culturelles produites alors, de même que sur la fortune politique et militaire de la monarchie française, il est une considération qu’on néglige généralement : celle liée à l’importance de la démographie.

    Du Moyen Age jusqu’au début du XIXe siècle, la population française a été numériquement la plus importante d’Europe (juste derrière la Russie).
    Cet élément permet de mieux comprendre certains rapports de force vis-à-vis des autres nations européennes ainsi que le dynamisme récurrent de la France d’alors.
    Le rayonnement de la langue et de la culture françaises ne peut, à mon sens, être dissocié de ce constat.

    La montée en puissance de l’anglais et ensuite de l’anglo-américain (à partir du XVIIIe siècle) tendrait à confirmer cette « vision » démographique.
    L’Angleterre jadis, avec l’essaimage de ses colonies de peuplement et, plus tard, le dynamisme démographique des Etats-Unis d’Amérique ont permis à la population de langue et de culture anglaises d’asseoir une puissante hégémonie sur leurs partenaires/concurrents occidentaux ayant d’autres identités culturelles.

    Les U.S.A., à eux seuls, se retrouvent maintenant, en Occident, dans la même position de suprématie démographique que jadis la France par rapport à l’Europe.
    Pour comprendre l’influence de cette « révolution » démographique, il suffit d’avoir conscience des chiffres.
    Au XVIIIe siècle, la population française s’élevait à 22 millions d’habitants à comparer aux 7 millions de l’Angleterre et aux 4 millions des Etats-Unis d’Amérique.

    De nos jours, la population de la France a atteint les 60 millions d’habitants, mais le Royaume-Uni a rejoint également les 60 millions et la population des U.S.A. a progressé, quant à elle, jusqu’à près de 300 millions d’habitants.
    Pas étonnante, dès lors, la constatation de la suprématie anglo-saxonne par rapport au français.

    Bien entendu, la variable « démographique » n’est pas tout et ne saurait, à elle seule, engendrer tout le dynamisme anglo-saxon moderne.
    Cette variable, cependant, joue à mon avis un rôle important.

    Kirkhult 18/08/2008

    Illustration : Château des Tuileries du côté du Pont Royal (Paris, France), 18e siècle

  • Le smorfie del mondo

    Nelle vicinanze dell’orrore
    Le smorfie del mondo
    Graffiano senza pudore.

    Bruxelles 15/10/1987

    Illustration : Franz Xaver Messerschmidt, entre 1770 et 1783– Têtes de caractère

  • Comme un lézard

    Depuis cette terrasse
    Le regard s’étend alentour
    Cheminées d’usines
    Toits d’ateliers

    Assis sur le rebord
    Attendre lundi

    C’est l’été

    Comme un lézard
    Prendre le soleil.

    Bruxelles 3/06/2009

    Illustration : Lucia Lamberti, 2005 – Domenica (Dimanche)