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  • Sixième extinction

    Dans le métro ce matin une jeune fille a annoncé la sixième extinction. « Ouvrez les yeux ! », disait-elle d’une voix forte, « enlevez vos œillères ! ».

    « Vous souvenez-vous de la disparition des dinosaures ? La prochaine catastrophe, la sixième extinction planétaire, ce sera les hommes ! ».

    La jeune fille continue de vaticiner. « On étouffe », clame-t-elle. Je descends Porte de Namur.

    Je pense au Bouddha de la compassion, à l’extinction de la souffrance, à l’annihilation des espèces. Renaître. Les prochains hommes seront-ils plus beaux ? Plus intègres ?

    Bruxelles 30/10/2007

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Cimetière avec stèles
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Ah oui ! L’accordéon (2/2)

    Mon professeur me donnait toujours l’impression d’un être désenchanté et soucieux, même s’il lui arrivait aussi de plaisanter. Sa femme se plaignait souvent d’avoir froid : il s’en moquait gentiment.

    C’est lui qui m’a raconté qu’avant la seconde guerre mondiale, dans toute la zone frontalière (Tourcoing, Roubaix, Mouscron…), il y avait un café à chaque coin de rue et que tous les samedis c’était bal musette. Période d’or de l’accordéon. Il en parlait avec certaine nostalgie. Tout avait bien changé depuis. La grande salle de bal de Tourcoing, dans l’après-guerre, avait été convertie en Monoprix !

    Mais il était dit que je ne serais devenu ni virtuose ni grand musicien ni même vraiment musicien puisque j’ai arrêté de jouer de l’accordéon vers la fin de l’adolescence.

    Parfois, très exceptionnellement, j’en ai rejoué, à l’occasion de l’une ou l’autre fête où toute la famille et même des amis étaient réunis. Avec le sourire, mais sans grande conviction. « Comment ! Tu sais jouer de l’accordéon ?!? ».

    Bruxelles 27/01/2016

    Illustration : Archives familiales, 1985 – Arcangelo Petrantò en train de jouer de l’accordéon

  • Ah oui ! L’accordéon (1/2)

    C’était décidé : j’allais apprendre à jouer de l’accordéon. Il fallait d’abord acheter un accordéon. Ce fut vite fait. Un accordéon chromatique de couleur vert pomme (de la marque Piermaria Nazzareno). Et une sacoche pour le transport de l’instrument. Un pupitre aussi : métallique, intégralement pliable, pratique, mais tout de même assez lourd au transport.

    Pour préserver l’instrument de la poussière à la maison, ma mère réalisa une housse avec le restant de tissu qu’elle avait utilisé pour faire les rideaux de l’appartement. Elle cousit aussi une pochette en skaï pour les partitions. Je disposais de l’équipement réglementaire pour suivre les cours d’accordéon.

    Monsieur Raymond Vanmeerhaeghe, mon professeur, m’accueillit avec douceur et sympathie. Il tenait aussi dans sa maison un magasin d’instruments : accordéons et bandonéons. Dans la rue de Menin à Tourcoing.

    Les cours avaient lieu dans sa cuisine — ou arrière-cuisine (les maisons de rangée du Nord ont de ces enfilades de pièces qui vont en rétrécissant qu’on en perd le détail).

    C’est ainsi que j’ai suivi pendant plusieurs années un apprentissage laborieux et sans passion.

    Bruxelles 27/01/2016

    Illustration : Raymond Vanmeerhaeghe (1914-1993)
    Musicien, compositeur, éditeur et marchand d’instruments de musique

  • Nessuno sa

    Nessuno sa chi abbia edificato queste scale
    Esse sono talmente alte
    Che l’architetto ha previsto delle sale
    Per riposarsi ad intervalli

    Solenni lapidi sulle pareti indicano
    Certamente delle distanze
    Ma a dir vero
    Nessuno conosce i caratteri scolpiti
    E meno ancora a quale lingua collegarli
    Tuttavia le sale sono dipinte come si usava
    Negli antichi palazzi italiani

    Qualcuno pretende
    Che al di fuori delle scale
    Non ci sia niente
    Io non lo credo
    Altrimenti come sarebbero sorrette le scale
    Qualche dubbio però rimane

    Dai rari lucernari
    Traspare una luce indecifrabile

    Veramente sarei propenso a credere persino
    Che le scale non siano altro
    Che una costruzione mentale
    Una vite senza fine
    Qualche nastro di Möbius
    Ma non vorrei soprattutto
    Spaventare i miei compagni

    Intanto proseguiamo
    La nostra ascensione
    Con più ardore da quando
    Uno di noi ha affermato
    Basandosi su certi calcoli
    Che potremmo raggiungere
    Entro pochi giorni
    Mete insospettate.

    Bruxelles 16/01/1992

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Nessuno sa (Personne ne sait)
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Les poireaux

    Dans les marchés et supérettes
    Votre tenue blanche et verte
    (Douce et discrète)
    Rassérène et vous entraîne
    Vers sacs et cabas d’où
    Vous dépassez avec pittoresque
    Votre zèle n’a pas de mesure
    Vous êtes prêts à vous couper en quatre
    Pour complaire et faire la fête
    Dans les casseroles marmites et cocottes.

    Bruxelles 5/11/2018

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Poireaux qui dépassent d’un sac à provisions
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Vie antérieure ?

    Fatale distraction ? Réappropriation d’un titre que j’aurais porté dans une vie antérieure ? Acte d’affirmation ? Désir de grandeur ?

    Lors de l’obtention de mon premier passeport, alors que j’étais jeune adolescent, j’ai signé dans l’emplacement réservé au Consul !

    Tournai 8/01/2016

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Consul romain (représentation d’inspiration mosaïque)
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • En suspension

    De quel côté
    penchera la balance ?

    Qu’importe les poids
    Les poutrelles les filins
    D’acier seuls comptent

    Le chemin parcouru

    Le regard intègre

    Même en suspension là-haut
    Sur une grue incertaine.

    Tournai 2/06/2009

    Illustration : Lucia Lamberti, 2005 – Ultimo a destra (Dernier à droite)

  • Scala rossa

    Chissà dove porta
    Quella scala così rossa
    E che intensa si erge
    In mezzo a tante macerie

    Forse nella stanza
    Più arcana e fragile
    Delle anime irrequiete ?

    Taintignies 4/10/1982

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – Escalier rouge
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Un million de kilomètres

    Déplacement sur Bruxelles par voie ferrée, aujourd’hui. D’étranges impressions m’animent, maintenant que je ne prends plus le train journellement…

    Et dire que, sur base d’une rapide estimation, j’ai parcouru par ma navette quotidienne, tout au long de ma vie professionnelle, pas moins d’un million de kilomètres…

    Tournai, 6/06/2018

    Illustration : Armand Jean Heins, v. 1886 – Premier train de Bruxelles à Malines en 1835 (détail)

  • Un bouddhisme romain ?

    Aurait-il pu exister un bouddhisme romain ? Je pense que cela aurait pu être possible. A travers une fusion de la philosophie stoïcienne et de la philosophie bouddhiste.

    La vision naturaliste et d’immersion dans l’ordre cosmique du stoïcisme aurait pu s’entremêler avec les considérations bouddhiques d’un monde illusoire et tourbillonnant.

    Les valeurs de compassion et de probité, l’invitation à se détacher des passions et des désirs, les préceptes d’entraide et de modération, auraient pu servir de liens entre ces deux doctrines de sagesse.

    Il faudrait aussi prendre en considération le fait que le stoïcisme est postérieur à l’enseignement de Bouddha (tout comme le christianisme, d’ailleurs).

    Stoïcisme et christianisme apparaissent, de fait, comme le témoignage d’une influence sinon d’une propagation d’éléments bouddhiques au Moyen Orient et en Extrême-Occident.

    Tournai 2/03/2016

    Illustration : Effigie du Bouddha historique Siddharta Gautama Sakyamuni (qui signifie « le sage du clan des Sakya »), v. 3e siècle
    Art « gréco-bouddhique » du Gandhara