Accueil

  • Fuori e dentro

    La nebbia nasconde attorno
    Gente oggetti uccelli
    Appena si intravedono

    Pensieri sogni sentimenti
    Dentro di me si sciolgono

    Fuori e dentro si confondono
    Lentamente svaniscono in silenzio.

    Bruxelles 28/09/2009

    Illustration : Caspar David Friedrich, v. 1820-1825 – Barque dans le brouillard matinal

  • Indétermination de frontière

    Entre le jaune virulent
    Et le bleu languide
    Je recherche l’extension précise
    De la couleur abrupte du rêve.

    Antoing 12/03/1981

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2024 – « Entre le jaune et le bleu »
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Les mannequins assis en rang

    Les mannequins assis en rang
    Esquissaient un sourire malhabile
    Et restaient attentifs néanmoins
    Comme à un briefing

    Revêtus de manière identique
    Ils attendaient que soit fixé
    Leur sort définitif
    Collision frontale ou latérale
    Eventration banale
    Ou décapitation rapide
    Déchirement des membres
    Broiement de la cage thoracique
    Ou encore épreuve unique des flammes

    A deux pas des caméras-moteurs
    Ils étaient prêts à ressentir
    Leur destin tout à fait expérimental
    Digne des meilleurs téléfilms.

    Tournai 8/03/1988

    Illustration : Mannequins de crash-tests

  • Dictionnaire Larousse 1905

    Mes parents, pour venir s’installer en France et disposer d’un peu d’argent, avaient vendu, en Sicile, les quelques biens (modestes) dont ils étaient propriétaires.

    Mon père avait répondu à un appel de main-d’œuvre du gouvernement français. Il avait été engagé pour travailler dans le bâtiment (le patron de l’entreprise avait un nom polonais). Il est parti en premier, sans doute aussi pour s’assurer qu’il pourrait faire suivre sa famille dans les meilleures conditions.

    Je me souviens parfaitement de mon arrivée en France. J’allais avoir cinq ans. La gare de Lille. Le tram qui nous conduisait à Tourcoing, ville où nous aurions habité désormais.

    Encore maintenant, il m’est difficile d’imaginer qu’à cette époque je ne parlais pas français. Il en était pourtant ainsi. J’ai appris la langue française à l’école, au sens littéral du terme.

    Mon premier livre de référence en français (et le seul pendant un certain temps) fut un dictionnaire Larousse datant de 1905 que mon père avait reçu (sans doute d’un voisin qui avait vidé son grenier).

    Ce livre a été, pour moi, important. Il a été un fidèle compagnon dans l’apprentissage de la langue et dans la connaissance du monde (certes, quelque peu en différé) — la télévision n’était pas encore arrivée dans notre foyer.

    Les définitions relatives à la mythologie et à l’histoire (en particulier les notices biographiques et celles consacrées aux pays) m’intéressaient vivement.
    Ces textes étaient parfois accompagnés d’images dessinées (il n’y avait pas de photos dans ce dictionnaire).

    L’ouvrage utilisait un vocabulaire qui n’est plus guère en usage de nos jours. Ainsi définissait-on Rome : « Ville qui fut longtemps la maîtresse du monde ».

    Je ne crois pas que l’histoire se répète mais elle « fonctionne » certainement en spirale (d’où cette impression que parfois l’histoire bégaye).

    Quand on relit le dictionnaire Larousse de 1905, on s’aperçoit qu’aujourd’hui — un siècle plus tard donc — de nombreuses entités se sont réappropriées leurs anciennes formes, par-delà le grand tourbillon du 20e siècle.

    Que ce soit des noms de pays (Russie, Serbie, Monténégro, Congo), des noms de villes (Saint-Pétersbourg, Nijni Novgorod, Iekaterinbourg, Chemnitz), des drapeaux (celui de l’Espagne avec le rétablissement des armoiries royales, celui de la Russie avec les mêmes couleurs que celles du temps des Tsars).

    Les articles consacrés aux pays du monde, le dictionnaire Larousse ne les illustrait pas par une œuvre d’art, un monument, une figure folklorique ou historique ou encore un paysage naturel. Non. Chaque pays était représenté par l’image d’un soldat.

    On était en 1905. C’était la contribution française à la préparation de la Première Guerre Mondiale, autrement appelée la « Grande Guerre » (soi-disant la « Der des Der »).

    Bruxelles 10/01/2008

    Illustration : Dictionnaire Larousse, 1905

  • Enfance musicale

    Mon frère et moi jetions un coup de pied dans un caillou chacun notre tour pour arriver jusqu’au conservatoire.
    A l’époque les péplums étaient à l’ordre du jour.
    En attendant l’arrivée du prof de violon et pour épater une petite jeune fille qui suivait le même cours on se prenait pour Hercule et Maciste.
    Le pupitre nous servait d’haltère.
    Il était quand même assez lourd.

    Rumes 1/04/2011

    Illustration : Camille Bombois, v. 1930 – Athlète forain

  • Togliendosi l’elmetto

    Togliendosi l’elmetto
    Il generale apparve quieto

    Finita la guerra
    Egli poteva dedicarsi interamente
    Al suo diletto passatempo
    Insieme ai nipotini
    Si reca in una stanza
    In cui riproduce
    Vasti campi di battaglia
    Con soldatini certo di metallo
    Ma schierati
    E pronti al suo comando

    E questa volta vince la guerra.

    Bruxelles 5/08/1998

    Illustration : Constant Le Breton, 1938 – L’enfant aux soldats de plomb

  • La galerie est magnifique

    1

    La galerie est magnifique
    Ah ! Ce tableau est de Gérôme !
    Couleurs lumineuses, dessin parfait
    Il représente Diogène ?
    Celui qui désobéissait aux convenances
    Vivait dans un tonneau
    Et osait même apostropher le grand Alexandre ?
    On s’y croirait ! C’est beau ! C’est grandiose !
    Merci aux sponsors d’avoir permis cette exposition

    2

    Vautré par terre dans un couloir de métro
    Comment peut-il vivre ainsi celui-ci
    Dans un parfait dénouement
    Qui plus est
    Devant des affiches publicitaires lumineuses !
    Quelle honte ! Quel mépris !
    Faudrait-il s’extasier devant pareil spectacle ?
    Le service de sécurité déloge l’intrus ? Tant mieux !
    D’ailleurs il ne s’appelle pas Diogène
    Je ne vois point de tonneau et encore moins de lanterne
    Et Alexandre est mort depuis belle lurette !

    Tournai 19/01/2011

    Illustration : Jean-Léon Gérôme, 1860 – Diogène

  • J’allais disséminant les flammèches

    J’allais disséminant les flammèches
    Dans la plaine à découvert

    Puisant dans ma gibecière
    Entre les sillons de la terre
    Surgissaient des piécettes brisées
    Je ne regardais pas en arrière.

    Bruxelles 1/09/1994

    Illustration : Arcangelo Petrantò, 2023 – « J’allais disséminant »
    Image générée par IA (intelligence artificielle)

  • Jeune fille au livre

    A quelques mètres de distance de moi, elle tenait entre les mains un gros ouvrage qui tout de suite m’intrigua.
    Je pouvais distinguer, presque à chaque page, des figures stylisées, des courbes variées, des amorces de représentations.

    Oui, cela ressemblait à un livre à caractère à la fois artistique et scientifique : j’aurais juré un « Traité sur les œufs » !
    Œufs de poules, de serpents, de condors, de tortues, d’autruches, de dinosaures…
     
    La jeune fille feuilletait ce livre d’une manière presque inattentive.
    C’était une étudiante et son livre un traité de mathématiques. Des courbes, des paraboles…
     
    C’était une jeune fille blonde aux cheveux longs et lisses.
    Je n’ai jamais été brillant en mathématiques.
    Elle avait de beaux cheveux lisses.

    Rumes 9/10/2008
     
    Illustration : Edward Hopper, 1938 – Compartiment C

  • Ho sorretto il mondo

    Ho sorretto il mondo
    Per tanti e più
    Millenni senza provare
    Nessunissimo affetto anzi
    Senza nemmeno guardare
    Al di sopra delle spalle
    Mi bastava il peso
    Degli orbi possenti
    Delle rocce più dense
    Ammassate dal caos

     
    Ma adesso però
    Con i giganti miei fratelli
    Vogliamo vivere allo scoperto
    Nelle valli terrestri
    In mezzo alle foreste
    O a piacimento
    Tra le pianure
    Presso i fiumi
    Nel grembo chiaro
    Delle urbi
    Scalare le vetti
    Toccare le nuvole
    Ma lo vorranno lassù gli dei ?

    Taintignies 3/05/1989

    Illustration : Giulio Romano (Jules Romain), entre 1532 et 1535 – Salle des Géants
    (Palais du Té, Mantoue, Italie) (détail)