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  • Cerises qui égayez tables et jardins

    Cerises qui égayez tables et jardins
    Apportez aussi dans mon cœur
    Vos reflets brillants et rieurs
    Votre souvenir retentira encore
    Dans les matins de frimas
    Coloriant de rouge
    Tranches de pain et placards.

    Sost 28/08/2018

    Illustration : Gérard Fally – Cerises

  • J’ignore les ressorts

    J’ignore les ressorts
    Qui conduisent à la quiétude

    Ces collines rondes
    Qui me servent de repères
    Dans une navigation sans plan de vol
    M’émeuvent.

    Tournai 17/09/2008

    Illustration : Gerardo Dottori, 1949 – Umbria vergine (Ombrie virginale)

  • Un passo davanti all’altro

    Un passo davanti all’altro
    E via ma quanti fili
    Calati da cima
    Sostengono le dita
    Le ciglia le ossa
    Spaccate dalla smorfia
    Che precipita
    Senza sosta nessun monito
    Camminare dritto e nemmeno
    Sapere dove si cela
    Infido il gran vecchio
    Solo si odono le risa.

    Taintignies 26/05/1989

    Illustration : Louis de Budt (actif à Lille), 4e quart du 19e siècle – Marionnette

  • Avec sa taille haute

    Avec sa taille haute
    Et sa tête quasi chauve
    Il inspirait à ses élèves
    Une crainte sans pareille

    Dans sa classe réputée austère
    La mappemonde rendait
    L’atmosphère encore plus pesante

    En parlant de Rome et de la Gaule
    Il nous montrait des photos de Glanum en Provence

    Le souvenir de ‘40
    Etait vivant à fleur de peau

    Lorsque des cancres
    Incisaient leur table de croix gammées
    Ils étaient durement réprimandés

    Les garnements se vengeaient du maître
    En allant pisser sur son auto.

    Tournai 18/08/1985

    Illustration : Site gallo-romain de Glanum dans l’actuelle commune de Saint-Rémy-de-Provence (France)

  • Il giovane favoloso

    Que dire du film de Mario Martone, « Il giovane favoloso » (que j’ai déjà revu plusieurs fois) ? Exceptionnel, intimiste, crédible.
    Il rend compte avec réalisme et sensibilité de la vie de Giacomo Leopardi. Depuis sa bibliothèque-prison d’enfant prodige jusqu’à sa retraite napolitaine marquée par l’éruption du Vésuve, depuis la vision idyllique de l’enfance (noble et insouciante) jusqu’à sa vie ultérieure marquée par la déchéance physique et l’absence d’un amour véritable.
    Le film rend bien la relation complexe avec le père et le milieu familial provincial et étouffant.
    Au fur et à mesure que Leopardi se recroqueville, nous assistons à son calvaire et cruel destin. Physiquement, il devient, en dépit de son esprit ou peut-être justement à cause de lui, complètement dérisoire. Il a beau écrire des textes sublimes, c’est une sorte de gnome. Un pur esprit emprisonné dans un corps difforme.

    Tournai 19/01/2016

    Illustration : Mario Martone, 2014  – « Il giovane favoloso » (photogramme tiré du film), avec Elio Germano dans le rôle de Giacomo Leopardi

  • Je suis une paillette (dit-elle)

    — Je suis une paillette (dit-elle)
    La gloire de ce tableau vivant
    Une merveille et plus encore
    Et pourtant même si je brille
    D’un éclat parfait j’aspire parfois
    A moins d’apparat
    Mais comment faire
    Sans m’humilier ?
    Que deviendra la scène sans moi
    Est-ce qu’encore on me regardera ?

    Bruxelles 3/12/2010

    Illustration : Dana Chirpac – Femme blonde avec poussière de paillettes

  • Si era comprato una bicicletta

    Si era comprato una bicicletta
    Per andare fino a Pechino
    Giunto al primo crocevia
    Pensò : perbacco non è così vicino
    E decise allora
    Di fare solo il giro del paesino.

    Taintignies 20/04/1986

    Illustration : Grand bi

  • Mandala que l’on détruit

    Vieux journaux et vieilles revues, documents divers et variés accumulés au fil des années que je trie maintenant, jette, déchiquette, brûle. Un peu comme les éléments d’un mandala que l’on détruit et qui viennent signifier la fugacité de toute chose.

    Rumes 28/04/2018

    Illustration : Mandala tibétain

  • Italie du Sud années ‘60

    Les femmes, toutes de noir vêtues, insufflaient au quotidien une dimension tragique. Cette omniprésence du deuil faisait d’autant plus ressortir cependant les couleurs brutes. Le rouge vif de la sauce tomate et des pastèques, le bleu intense de la mer et du ciel, le jaune cru de l’astre solaire, le vert apaisant des vignes et des vergers.

    C’était l’époque de la transition entre le monde ancien et celui de la « modernité », ces années charnières dont parlait Pasolini dans son poème « Io sono una forza del Passato ». Rien n’avait vraiment changé depuis l’Antiquité et tout commençait à être bouleversé irréversiblement.

    On était au début de la motorisation généralisée. Vespas et petites voitures utilitaires commençaient à se faufiler dans les ruelles étroites des villages. Mais un état d’esprit de frugalité et de sobriété continuait de régner. Une simplicité dans les mœurs, une authenticité enracinée.

    Cette Italie du Sud-là renvoyait des images d’absolu, d’éternité. Paradis des photographies contrastées. Toutes les femmes habillées de couleur corbeau contribuaient ainsi au triomphe momentané de la photo en noir et blanc.

    Rumes 24/01/2008

    Illustration : Archives familiales, seconde moitié des années 1960 – Femmes siciliennes

  • Dans le grand parc

    Dans le grand parc
    Non plus vert mais violet parfois
    Et sans attendre d’arc-en-ciel
    Le Poète regarde
    Derrière ses lunettes
    De cellophane colorée
    La réalité
    A-t-elle jamais été
    Vérité
    Mensonge ou certitude

    La pluie entre-temps
    N’arrête pas de tomber
    Sur les gens et les statues rouges

    Des escargots se traînent
    En sortant leurs antennes.

    Tourcoing 12/08/1977